Jordanie... Holy Land!

Petit journal de bord, mais aussi: l'expatriation au quotidien, les rencontres, , la culture, les anecdotes... Tout sur tout!

27 septembre 2006

Petite histoire d'Imam / Zarqa la Bleue

Ramzi, qui nous raconte sa petite histoire, a grandi dans un village tout proche de la ville de Zarqa  (ce qui signifie "La Bleue"), celle-là même d'où provient le feu méchant Al Zarqaoui, et d'où provient également 20% de la criminalité du pays, criminalité toute relative car quasi inexistante.

Il y a une quinzaine d'année, un Imam enragé clama que les antennes de télévision étaient sataniques. Pour preuve, elles se profilaient telles des croix, symboles des Croisés et donc, de l'Occident corrompu. Il clama alors aux foules de fidèles: "rentrez chez vous! Brisez vos antennes et mettez les au feu!". Les fidèles s'empressèrent d'aller détruire ces représentations néfastes.

Quelques semaines plus tard, la population du village commençait à tourner en rond, privée de son opium, de sa télévision. Par bonheur, un ingénieur diplômé d'une grande école vint rendre visite à sa famille. Il expliqua à son vieux père, à sa vieille mère et à ses frères et soeurs que l'antenne arborait la forme d'une croix pour des raisons techniques. Cette forme était apparemment la plus appropriée à une bonne réception du signal. Il s'agissait donc d'une contrainte scientifique. La famille en parla au voisin, au boulanger et aux cousins. Ceux-ci retournèrent voir l'Imam. Il convoqua l'ingénieur qui lui expliqua le raisonnement.

Deux semaine plus tard, le village avait retrouvé ses "croix". L'Imam acquit une télévision dernier cri et planta une antenne sur son toit.

Zarqa

zarka

Cette photo provient de l'excellent site www.un.org/unrwa/refugees/jordan/zarqa.html. On y apprend que le camp de réfugiés de Zarqa est le plus ancien du pays, qu'il a ouvert ses portes en 1949 à la suite de la guerre en Israël et de la mise à la porte des Palestiniens qui vivaient sur ces terres tant convoitées. On y apprend encore qu'y vivent actuellement pas loin de 18000 réfugiés.

Il faut savoir que beaucoup de Palestiniens ont refusé la nationalité jordanienne lorsque le pouvoir a décidé de procéder à une régularisation massive. Palestiniens devenus Jordaniens, ils perdraient selon eux toute chance de récupérer un jour leur terre. Certains, j'en ai vu, se baladent encore avec la clef d'une maison à Naplouse. Clef léguée par la grand-mère et seule signe d'appartenance à un lieu où ils auraient pu naître...

En souhaitant encore un Ramadan Karim à tous ceux qui jeûnent, je vous laisse à vos activités, ayant du pain sur la planche (je suis dans les caisses).

Posté par marjorie_camus à 07:50 - Jordanie: histoires tristes - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


06 mai 2006

Faut-il croire en la réincarnation quand on naît dans une famille très traditionnelle ?

Juin 2005

Jumana… Qui se souvient encore d’elle ? Assistante à la Faculté d’Arts et Design, Université de Jordanie, elle avait le privilège de travailler au service d’une femme de bon sens, juste et généreuse. Une princesse qui plus est, qui tenait à établir entre son département et le monde international, des liens étroits et durables. Une princesse qui voulait introduire, pas à pas, la modernité au sein de ses groupes d’étudiants.

Jumana était coquette, elle avait un miroir sur son bureau, aimait la musique de variété et la mode. Elle rêvait de visiter Paris, capitale de l’élégance (ndlr: je me gargarise... Pour elle, j'incarnais Paris, et donc, l'élégance). Jumana parlait anglais au téléphone, recevait des professeurs danois, écrivait des lettres à des chercheurs à Edimburgh. Mais voilà, Jumana avait 32 ans et il fallait sérieusement penser au mariage. A 32 ans, la date de péremption est proche! Amoureuse d’un taximan depuis quelques années, elle n’osait en parler à personne. Il ne gagnait pas assez d’argent pour entretenir une femme et des enfants. Ses parents en auraient fait une crise cardiaque.

La maman de Jumana, en brouille avec sa sœur depuis une éternité, a donc entrepris de renouer le contact. La réconciliation passait aussi par un mariage avec le cousin, un gentil et indécrottable célibataire. Les deux sœurs se réconcilièrent, la famille fêta cela. Le mariage se déroula dans un hôtel d’Amman. Comme les mariés ne s'étaient vu que trois jours, on avait "truqué" des photos où ils étaient bras-dessus bras-dessous. La fête fut fantastique : les jeunes mariés avaient l’air malheureux comme la pluie et on ne s’en soucia pas, car tout le monde dansait et chantait. C’était le plus important.

Mai 2006

-         Comment va Jumana, au fait, Rania ? Elle est toujours en Arabie Saoudite ?

-         Oui, maintenant oui… Ca va aller.

Mon instinct de femme m’indique clairement qu’il y a quelque chose à comprendre sous cette réponse anodine.

-         Comment ça « maintenant oui, ça va aller » ?

-         Heu… Tu vois, la nuit de noce s’est mal passée et le voyage de noce a été désastreux. Jumana et son mari ont souhaité divorcer, mais les familles étaient tellement attristées… Ils ne pouvaient pas faire cela. Et puis, les gens auraient pensé qu’ils ne voulaient pas se marier.

-         Ben oui, mais les familles ne vivent pas dans leur lit ! C’est quoi ces histoires ? Hein, Rania ? C’est quoi ça ? Ca se voyait au mariage qu’ils étaient totalement défaits et qu’ils ne voulaient pas l’un de l’autre en plus ! C’est quoi ces histoires ?! (moi, ça me fiche vraiment en rogne).

-         Mais tu sais, Jumana a quand même pu rester chez elle. Elle y a passé trois mois. Elle a pensé à tout cela, au calme.

Rania ne m’en avait rien dit. Ce semi-échec était une telle honte pour la famille, que la pauvre mariée fut « cachée » dans la demeure familiale jusqu’à ce qu’elle accepte de repartir à son époux à Djedda, qui lui-même n’y tenait pas.

Aux dernières nouvelles, tout va aller mieux...

NOTA BENE: en règle générale, la société a quand même évolué. Une fille peut refuser un prétendant. Je connais une jeune fille de famille populaire qui s'est fiancée et a rompu en cours de route car elle s'est rendue compte que son prétendant était un peu crétin. Par ailleurs, ce genre de mariage "arrangé" entre cousins est, en Jordanie, également assez courant dans la communauté chrétienne. Et puis, le divorce est possible et est même "assez" courant.

Posté par marjorie_camus à 14:15 - Jordanie: histoires tristes - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 avril 2006

L'odeur des Sampaguitas I

Personne ne doit plus attendre la suite de ma pseudo BD. Et pourtant, contre toute espérance, la voici. Pour ceux qui prennent le train en route, j'ai ressorti - ci-dessous - le début de toute l'histoire.

Pour mes fidèles, je vous invite à aller directement plus bas.  Sauf si vous préférez reprendre depuis le début.

Merci pour votre patience!


L'Odeur des Sampaguitas (partie I)

Il y a quelques semaines, nous avons perdu notre nounou. Ici, on les appelle les "maid" ou encore "house keeper", ou bonne, ou domestique. Bref, notre Maribel a dû s'en retourner chez elle. J'étais traumatisée par les événements des derniers jours. J''en parlais à tous ceux que je croisais, je l'évoquais au supermarché, entre les oranges et les bananes, à une fille que je connaissais à peine.  J'étais prête à tout pour raconter l'histoire. Les histoires devrais-je dire... Car celle de Maribel n'était qu'une goutte d'eau dans un océan de misère.

Et surtout, mon impuissance m'insupportait (et m'insupporte toujours), je ne savais faire que cela: raconter. Les petites bonnes sont partout au Proche et au Moyen-Orient, venues du Sri Lanka, d'Indonésie, du Bengladesh, des Philippines, où une personne sur dix part travailler à l'étranger. Et l'Etat philippin a tout intérêt à maintenir cett exportation de main-d'oeuvre qui injecte dans le pays, en une année, l'équivalent de son PNB.

Je n'étais plus très chaude pour raconter tout cela à nouveau; mais voilà, il y a de la demande et finalement, ce n'est pas mal de savoir. Cela dit, soyons prudents! La problèmatique des domestiques est très difficile à comprendre, avec nos yeux d'Occidentaux. La plupart des gens a vite fait d'oublier le temps des colonies. Et maintenant, nous nous offusquons devant le travail des enfants alors, que d'une part, on continue à acheter nos fringues chez H&M et qu'en plus, il y a 100 ans à peine, c'était monnaie courante chez nous. Et surtout, quand on débarque dans un pays qui nous accueille, il faut se demander: peut-on changer le système? Surtout quand on y participe. Est-ce plus facile de le changer quand on est dedans?  A voir...

Voilà donc un regard sur le sujet, en dessin et puis en texte, selon l'humeur. De tout ce que je n'ai pas vu de mes propres yeux, je vous livre uniquement ce qui me semble véridique. J'ai aussi imaginer un peu, pour vous, les lieux lointains et les personnages que je n'ai jamais vu. Mais je vais m'efforcer de ne pas trop romancer, car j'ai une propention au dramatique, je le confesse!

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L'Odeur des Sampaguitas (partie II)

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Posté par marjorie_camus à 07:19 - Jordanie: histoires tristes - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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