11 mars 2007
On n'arrête pas le progrès
La famille d'un jeune garçon d'une trentaine d'années, ingénieur, avec un salaire correct et des perspectives d'évolution dans sa compagnie, cherche une jeune fille digne de devenir son épouse. Il serait bon qu'elle soit d'Irbid, car c'est là que se situe le berceau familiale. L'homme préfère une fille voilée, car son père est très croyant et pratiquant. Mohammed s'en fiche un peu mais souhaite ne pas avoir d'histoire avec ses parents.
Le mois dernier, il a rencontré une fille que son père avait repéré à l'Arab Bank où elle est conseillère clientèle. Malheureusement, alors que la demoiselle était aussi emballée que lui à la perspective de cette union, les négociations ont été rompues par la famille du jeune homme... Lui-même s'en satisfait car les exigeances de la famille "adverse" était un peu trop grande. Il craint que sa belle-famille ne soit envahissante et que ses parents ne s'entendent pas avec la jeune demoiselle. Et comme tout ce beau monde est appelé à cohabiter... Il est important et naturel que les parents approuvent l'union.
Parallèlement, une comptable d'une petite société d'import-export recherche activement un époux. Ses parents invitent régulièrement de jeunes gens, mais elle ne leur trouve aucun charme et une faible intelligence. Sa vieille voisine lui conjure d'accepter la proposition d'un parti qui assurera son confort. "Mais je voudrais tout de même quelqu'un avec qui je pourrai parler de choses et d'autres, un garçon cultivé et brillant... Car l'argent, ce n'est pas tout" rétorque la jeune Zeina, 24 ans. Voilée, très attentive au suivi de la religion, sa famille ne souhaite que son bonheur et est prêt à respecter son choix à condition qu'il s'agisse d'un Jordanien, d'un Irakien ou d'un Plaestinien et qu'il soit, bien entendu, musulman. Un bon diplôme ou un emploi très rémunérateur serait un must.
Une rencontre entre ces deux personnes est quasiment impossible car il n'y a que peu d'endroits où sortent les jeunes des deux sexes d'un milieu social moyen. Toutefois, l'information circule et un échange de photographies est en cours... Affaire à suivre.
Nota Bene: et pour décrisper toute situation tendue lors de la première nuit, le gel Hymen est en vente dans toutes les bonnes pharmacies.
13 février 2007
Ma voisine est "typique" jordanienne
07 janvier 2007
Eid Mubarak! ... Bons voeux et bilan perso-jordanien
Que vous souhaiter de plus, Chers Amis d'ici et d'ailleurs, qu'une excellente santé surtout, une année avec moins d'émission de CO2, moins de misère autour de nous et plus de plaisir de manière générale.
En attendant que tout cela nous arrive, j'ai pensé, dans l'avion qui me ramenait de France il y a deux jours, à cette année jordanienne. Il y a tant de choses que je n'ai pas faites, mais...
En 2006, il s'est passé des...
Variations. J'ai pris 13 kilos et j'en ai perdu 12!
Augmentations. Clément a pris 10 kilos.
Succès. J'ai fait un bébé que j'adore (un an seulement pour le faire, 20 ans pour le paufiner!). Ca me fait deux beautés à la maison (un démon et un ange).
Réalisations. J'ai fait trois sacs en broderie (dont un décoloré au lavage) et un tour de lit trop petit.
Progrès. Je ne me suis fâchée avec personne (de manière définitive et irréversible). Mais c'est vrai que je fais des efforts de Suissesse.
Aides humanitaires. Je continue de nourrir les chats errants du quartier, à donner des affaires aux mendiants des feux rouges et à avoir de grands combats contre l'injustice, la misère, la pollution et le tabagisme.
Projets. Je me suis inscrite à des cours par correspondance.
Abandons de projet. Mais je crains l'impact des nuisances sonores sur l'aboutissement de mes cours ("Virgile, tu me lâches 5 minutes! Méééérdeu!") et en conséquence, je hais le système scolaire jordanien qui vous rend vos enfants tous les jours à 12h30.
Abandons de projet (2). Bon, j'ai trop de trucs en cours: j'arrête l'Arabe.
Projets (2). Je commencerais bien du Tai Chi tiens...
Dépendance. Je commence à ressentir les effets du manque de verdure, mais aussi de bonne culture de chez nous: je suis devenue accro à Voici dont je ne connais pas la moitié des figurants. Je lis les exemplaires du mois derniers et apprends avec effroi la séparation des uns, alors que depuis ils se sont mariés... Je termine par les horoscopes, même des gémeaux et bien que je n'en connaisse aucun.
Sexe! Ah!!!! AAAhhhhh!!! Je n'ai toujours pas réussi à convaincre ma collègue Rania que la pilosité ne dérangeait pas nécessairement les messieurs et elle ne m'a pas non plus ralliée à sa cause de l'épilation intégrale. En attendant, elle n'a toujours pas vu le loup, alors, elle peut causer...
Ligne de constance. Je continue de m'énerver à la caisse du supermarché face aux "One minute, I need barre code" et je continue de m'énerver contre mon père qui parvient à me téléphoner de Belgique à prix d'or pour finir par s'énerver.
Vice. J'ai repris le vin (acheté à la frontière syrio-jordanienne).
Aide humanitaire (2). On continue de me dire que je suis "trop gentille": apparemment, c'est un défaut...
Point de vue moins personnel, je note aussi que
Les Jordaniens continuent d'être hospitaliers et charmants en toute circonstance (ou presque); même devant mon énervement (à la caisse du supermarché) quand je leur explique le concept de pollution (franchement, je fais limite "19e siècle qui apporte la bonne nouvelle et l'éducation" dans ces moments là).
Mais quand même, il faut savoir que
Les Jordaniens ont sans doute jeté des tonnes de sacs plastics Cozmo dans le désert (et encore, ce n'est rien paraît-il à côté de notre niveau de pollution, à nous Européens) et ils ne comprennent toujours pas pourquoi je leur dis "full" plutôt que de les laisser emballer chaque article dans un sac. C'est ma faute aussi, j'oublie chaque fois mes sacs recyclables de chez Carrefour France.
Ah! Miracle de Noël! Carrefour a ouvert ses portes le 31 décembre. Les rayons sont encore assez vides bien que gigantesques et le produit français se traque comme la truffe... Mais nous avons encore l'espoir d'un monde avec plus de camembert. Attendons donc nouveau miracle...
Côté cigarette... Hélas, les Jordaniens continuent aussi de fumer partout et tout le temps, alors que même ma patrie (qui n'a plus que de l'union dans sa devise, soi dit en passant) s'est mise d'accord sur l'arrêt du suicide public à la clope (oui, oui, je reste intégriste sur le sujet).
Les maisons jordaniennes réservent encore et toujours plein de surprises à leurs occupants, quelque que soit le montant des loyers et l'état de vétusté de l'immeuble: panne de pompe à eau, d'électricité, de chauffage, inondations, evaporation miraculeuse du fuel de chauffage dans la terre (fuite?), invasion de cafards (après l'été, ce n'est pas la saison maintenant), fourmis et autres animaux rampants.
Et les Jordaniens continuent de mettre du marbre au sol à l'extérieur de nos grosses maisons d'expat (parce que ça fait chic sans doute)... Hyper glissant quand il pleut!
ET pour l'instant, il pleut pire qu'au pays!
Eid Mubarak à tous!
11 novembre 2006
Souvenirs de Ramadan: quelle flemme...
Après quelques jours de fête, et parce qu'on veille tard et qu'on se lève tôt, même les rocs commençaient à manifester des signes de fatigue...
06 novembre 2006
L’anniversaire à la jordanienne
Chère Maman prochainement expatriée en Jordanie,
Prépare-toi! Ici, difficile, voire impossible de réunir les trois meilleurs copains de ton petiot pour son anniversaire. Il te faudra inviter plus que cela, sous peine de passer pour la rabat-joie de la ville. Il faut avouer qu'en matière d'invitation et de fête, les Jordaniens sont bien plus disposés à s'amuser et bien plus ouverts aux autres que le Français ou le Belge standard. Ici, on vous invite avec vos cinq amis de passage, même si on ne les connaît pas et qu'on ne les reverra sans doute jamais.
Toutefois, l'organisation d'un simple anniversaire d'enfants peut prendre des proportions incroyables...
Ne la négligez pas! Conviez cinq ou six copains de votre aîné (même si ce n'est pas son anniversaire), la classe du célébré (même le petit Omar qui lui tape tout le temps dessus et les filles Dupontois qu'il déteste), ajoutez à cela les trois copains du petit dernier (encore au jardin d’enfant). Si il va au foot ou à la danse, conviez au moins les copains du club de sport en question. Si vous êtes vraiment sympas (et comme vous l’êtes, vous le ferez), invitez aussi les enfants de vos amis.
Logistique: le bon lieu
Si la place vous manque, en dépit des immmmmenses pièces de « réceptions » dont disposent de nombreux logements, Fun Factory et Jungle Bungle, deux endroits dédiés aux jeux des petits, vous accueilleront pour fêter dignement le nouvel âge (et bien entendu, il vous faudra payer quelques dinars pour chaque tête blonde).
Un gâteau en tête d'ourson
C'est anecdotique, mais bon à savoir pour les futures mamans, comme partout ailleurs dans le monde, le gâteau devrait dans l’idéal ressembler à Winnie l’Ourson. C'est l’homme avec lequel toute maman doit apprendre à vivre... Ou alors, vous opterez pour un de ses compères (avec lesquelles nous devons vivre aussi, oui, oui, même le porcelet), en chantilly, rouge, rose et autre colorant. Tout cela se trouve pour un prix conséquent à la pâtisserie Hilda, un des endroits d’Amman où j’ai vu les gâteaux les plus incroyablement colorés qui soient (Spiderman, Tom and Jerry, Pokémon, etc). En général, les mamans expatriées sélectionnent plutôt un gâteau aux fruits ou au chocolat. Dieu merci pour nos organismes!
Quand commencer?
Les Jordaniens commencent la pratique de l’anniversaire dès le plus jeune âge (un an, donc) et invitent en l’occurrence plutôt leurs amis et connaissances avec enfant(s). Ci-dessous, un anniversaire célébré à Fun Factory. Le voyeur – moi - est posté chez une amie qui habite en face.
Le petit détail qui change tout
Si vous êtes vraiment très "coutume locale" (et comme vous les respectez, vous le ferez), vous offrirez à chaque invité un « petit cadeau »: crayons, kit de beauté Barbie, ou autre chinoiserie. Dans les cadeaux les plus loufoques, j'ai souvenir d'un poisson rouge dans son sac plastique remis à chaque participant à l'insu des parents... Rien que ça. En général, la maman expatriée va opter pour un cadeau "utile": un petit sac en tissu avec biscuits, des pastels, une paille joliment entortillée.
Mais tous ces gentils cadeaux vous bousilleraient vite une éducation: Virgile, à peine âgé de 3 ans, ne manque pas de réclamer « son cadeau », lorsqu’il est l’hôte d’un autre enfant… Aaaah belle mentalité !
20 septembre 2006
Rythme de Ramadan
Le Ramadan commence le 24 (ou le 23 si un truc se passe du côté de La Mecque). Les fidèles sont partis pour un mois totalement décalé. Lever du soleil vers 5h30. Coucher du soleil à 18h30. Entre ces deux heures, pas de nourriture, pas de liquide, pas de cigarette et pas de sexe.
Administrations et magasins fermeront leur porte à 14h00. Cela veut donc dire qu'il faut faire en une demie journée ce qu'on fait d'habitude en une journée. Les rues seront vites gagnées par le stress, la tension et l'énervement. Le tout dû principalement au manque de nicotine... C'est le seul moment de l'année où il faut vraiment se tenir à carreau, sous peine de se disputer trois fois par semaine avec un automobiliste.
Iftar: petit-déjeuner du Ramadan, pris à 18h30 cette année. La plupart des grands hôtels organisent des Iftar pour les particuliers et les entreprises. Cela ressemble plutôt à une course contre la montre, le buffet étant pris d'assaut au premier cri du Muezzin. Le mieux, c'est de faire un Iftar chez un particulier. L'accueil est formidable, le rituel très beau (lavage des mains, des coudes, pieds, etc). Les femmes mangent entre elle. La tête du mouton est placée sur le dessus du Mensaf (plat à base de riz et de lait de chèvre). La gencive, arrachée par une dame de la maison, est offerte aux invités car il s'agit de la partie la plus savoureuse. J'ai personnellement trouvé cela très gras... S'en suit un plat de fruits, et quelques temps plus tard, arrivent des petits gâteaux et un café turc (café arabe si vous préférez).
Les Musulmans au Maroc qui se réunissent entre amis ou en famille, jouent aux cartes avant de prendre un nouveau repas vers 22h. C'est un peu long. Nous avons eu l'occasion de participer à un repas tel que celui là l'an dernier, et j'ai été assomée de fatigue bien avant l'arrivée du Couscous... Trop mangé en premier repas sans doute. Leur Iftar, que je prenais lors de mon séjour au Maroc dans les cafés, est toutefois assez équilibré: soupe aux légumes et viande (Harira), galettes de pain, dates, oeufs durs, tout petit gâteau au miel.
Jeûne: en sont dispensés les enfants, les filles non pubères, les malades et les femmes enceintes (je suis dispensée!). Ma collègue a toutefois commencé à 7 ans, en jeûnant deux jours sur trois.
J'ai testé pour vous. Pas très sérieusement il y a deux ans, plus sérieusement l'an dernier. La suppression de l'eau est sans doute le plus difficile à vivre, notamment avec la chaleur. J'ai donc triché sur ce point, car la dialyse me guettait... Au total, j'ai grossi de 3 kilos. Trop affamée à l'heure de l'Iftar, je me lançais sur les plats, notamment les petits gâteaux. Et puis, je crois que le corps finit par stocker.

Ramadan Karim!
13 septembre 2006
Ramadan: Jour J moins 10 (environ)
En Jordanie, il y a une mosquée pour sept familles. Difficile d'y échapper, à moins d'aller habiter dans certains quartiers chics résidentiels ou dans quelques villages hors d'Amman, à majorité chrétienne... Ce qui devient un phénomène de plus en plus marginale, le chrétien d'Orient étant véritablement en voie d'extinction (on recense officiellement 3 % de Chrétiens en Jordanie), mais c'est là un autre sujet.
Vers 4 heure du matin, s'élève dans la nuit une lente lithanie. En juin, il s'agissait plutôt d'une lecture, effectuée d'une voie monocorde. On se demandait tous, entre expat, ce que pouvait raconter ce muezzin (chanteur de la mosquée donc, choisi pour ses qualités vocales)... Ca ressemblait furieusement à une espèce de mise en garde, à mi-voix, pour que seul le fidèle l'entende... Mais on sait que ce n'est pas cela, puisque les autorités exercent un contrôle sur les textes, prêches et autres lectures orales faites par les Imams. Dans nos caoboches d'expat, cela a somme toute bientôt fait naître quelques fantasmes: "il parle de nous!", "il demande à qui est la voiture i
mmatriculée RZ 674 B garée en double file devant la mosquée", "il donne la recette secrète du mensaf de sa belle-mère".
Bon... Ok... C'est du comique de circonstance. Passons.
Toujours est-il que cette voix froide et totalement plate nous fichait un peu la pétoche. Les Jordaniens interrogés sur la question nous répondaient invariablement "only a prayer", "nothing more"... Tout cela était très évasif...
La mosquée Al Hussein, une des plus vieilles du pays, érigée vers 1920 dans le style Ottoman.
Ramadan Karim!
Le Ramadan approche, et les fidèles seront dan les starting blocks à partir du 23 septembre, pour un long mois de "privations". Disons qu'ils se privent (eau, nourriture, cigarette et sexe) jusqu'à la tombée du jour, histoire de sentir ce que vivent le pauvre et l'affamé, et qu'ensuite, ils vont pour une bonne partie se lancer sur l'Iftar (petit déjeuner du Ramadan). Lorsque je l'ai fait, j'ai pris 3 kilos et je me suis quasi tapé une infection urinaire à cause de la mauvaise élimination en eau... C'est dire Bref, le Carême chez nous a sans doute rencontré les mêmes travers. Ne jetons donc pas la pierre. Mais d'un point de vue purement diéthétique, je pense que le Carême chrétien, où l'on mange maigre, est sans doute plus profitable à l'organisme. Au passage, si vous avez un ami qui fait le Ramadan, souhaitez lui un Ramadan Karim (Généreux Ramadan) et observez au passage que Karim et Carême sont des termes très similaires... Tous cousins je vous dis!
Monte le son! L'incidence actuelle de l'approche du Ramadan, c'est l'augmentation du volume des bafles. Si bien que, dormant les fenêtres ouvertes et malgré la proximité éloignée de la mosquée, on a parfois l'impression d'avoir un muezzin dans la maison en face. Tututututu.... Je vous entends déjà: "ah, elle va nous refaire le coup du sommeil agité". Que nenni! Le chant du muezzin ne me dérange nullement. Ce sera peut-être le cas à la fin du Ramadan, vers le 24 octobre donc, mais à l'heure ou j'écris, cette mélodie nocturne est plutôt agréable. A noter que le chant du muezzin est toujours en deux actes: l'appel à la prière (vers 4 heures je pense, car je n'ai pas le courage de regarder ma montre) et la prière elle-même, une vingtaine de minutes plus tard. A moins que ce ne soit la fin de la prière... Bref, il y a deux parties aussi longues l'une que l'autre, actuellement en tout cas.
En attendant, ayons une pensée pour les non musulmans qui habitent juste à côté d'une mosquée, car actuellement, le lit doit vibrer sur le coup des 4 heures...
La Mosquée Bleue Al'Abdallah (le fond d'écran des journalistes français au Moyen-Orient).
09 septembre 2006
On déménage!
Qu'on se rassure! Nous ne quittons pas encore la Jordanie: nous déplaçons nos cartons à un kilomètre de notre chez nous actuel. Il paraît que le déménagement, l'aménagement et le nettoyage font partie des signes annonciateurs d'une naissance... Dans notre cas, ce serait plus certainement une espèce de symptôme chronique de bougeotte aigue. A moins que ce ne soit les deux... Allez savoir.
Comme j'ai rencontré pas mal de nouveaux et nouvelles ces derniers temps (les nouveaux copains de la rentrée des classes), ceci m'amène à dresser un petit état des lieux de l'immobilier jordanien. C'est en effet un des aspects qui tracassent et étonnent le plus l'arrivant.
Premier point important: Amman n'a ni souk, ni médina, ni ryad. Ne cherchez pas ici les délices de l'Oient. Amman est une ville au charme indirect. Le premier aspect, qui s'intensifie, est celui d'une grosse ville en légo blanc.
Point deux: les agences immobilières vous montrent d'abord les fonds du panier. Lors de notre arrivée, il y a deux ans (déjà), il nous avait été donné à voir plus de taudis que de palais. Finalement, on s'en était bien tiré, en passant deux mois à l'hôtel et en habitant une maison en phase terminale de construction: 250 mètres carrés (eh oui), pas vraiment de jardin, mais une terrasse, presque le luxe... Et dans tout cela, trois chambres, quand à Paris ou à Lyon ou n'importe où en Europe, un architecte débutant aurait réussi à en caser cinq.
Point trois: tout est question de mentalité, de moeurs, de coutumes... Tous ceux qui ont visité ou séjourné en Jordanie s'en souviendront: le Bédouin est hospitalier. Il met un point d'honneur à accueillir, servir et nourrir. Ainsi, la majeure partie de sa maison est réservée à la réception. Les salons se cotoyent et se multiplient: trois sofas rayés bleus et blancs de style Empire (plastique à dorure conçu Down Town), un canapé au tissu japonisant (sauvable, selon nos goûts occidentaux, mais perdu dans la masse), un ensemble vert et rouge Louis XVI réalisé en 1999 au Caire, tout cela "entassé" dans les 75 m² qui constituent la "guest room", avec miroir et versets du Coran aux murs.
Nous avons seulement deux salons, dont un meublé d'osier. Notre propriétaire avait à l'époque jugé cela indigne pour les invités. Nous avons aussi, dans les "endroits inutiles" une sorte de pièce théoriquement réservée à la famille (et ainsi nommée "family room") où l'on est censé regarder la télé en buvant du thé, d'où la kitchenette qui y est installée. La pièce s'est vite transformée en sorte de débarras-atelier-bureau-chambre d'amis. Oui, finalement, on s'en sert pas mal. Tout cela pour dire qu'il est donc relativement courant d'avoir une demeure de 300 mètres carrés ne comptant que trois chambres (la bonne dormant parfois dans la pièce réservée à la chaudière)... Tout cela bien entendu, si l'on veut vivre dans les beaux quartiers: Abdoun, Deir Akbar, Sweifieh, ... Bon, il y a des gens qui ont moins le goût de l'espace et du silence que moi et qui ne rechignent pas à habiter une maison vêtuste dans des quartiers populaires. Attention! Je ne suis pas snob, j'aime le confort, pour moi et pour les autres!
Point quatre: à qui profite le crime ? A l'heure où nous cherchons à bouger de notre chez nous, contraints par une fin prochaine de bail et de toute façon motivés par la boujote aigue dont nous sommes atteints, les loyers ont malheureusement explosé, une fois de plus. La guerre en Irak avait provoqué une première flambée des prix, la guerre au Liban amena la seconde. Et bien que les Libanais soient retourné chez eux (enfin, je crois), les propriétaires jordaniens conservent leurs prix exorbitants, au risque de laisser une maison inoccupée pendant 5 mois. Enfin, on a finalement trouvé, un truc hyper grand, composé de deux appart. C'est un peu tordu, mais je vais avoir le luxe d'une immense table de bricolage que je ne serai même pas obligée de ranger le soir venu.
Demain, ou après, je vous mets les photos (plutôt après-demain d'ailleurs), pour faire joli et pas nécessairement de notre nouveau chez nous car c'est vide de chez vide. Je vous prie aussi d'excuser mon inconstance à poster... Mais voilà, j'ai une bonne excuse de... Au moins 7 mois et demi, qui commence à (me) peser. Peut-être que bientôt, je reposterai frénétiquement, juste pour vous mettre des tas de photos de la 8e merveille du monde... Vous aurez des nouvelles avant tout de même.
Et puis, je suis dans les cartons, je retourne au travail... Pfouou... Ca en fait des choses. ... Et pour tout vous avouer....Ici, on a déjà la saison 2 de Desperate Housewives et je voudrais savoir ce qui va arriver à Zach et à son père.
1000 excuses!
26 août 2006
Miss Abbaya mouillée en visite non officielle à Amman
Je vais encore vous parler du voile... Ce n'est pas une obsession chez moi, rassurez-vous, mais quand même, je ne cesse de m'étonner. Ou plutôt, ces futées de femmes (ou forcées) sont d'une créativité sans bornes lorsqu'il s'agit de cacher les courbes du corps, jugées corruptrices par la gent masculine (et puis souvent, par les femmes elles-mêmes). Bon, on ne va pas réécrire le Coran ici, ce n'est pas le sujet du jour.
Je ne vais pas non plus vous parler du temps qu'il fait en août en Jordanie... Enfin, si, ça vous aidera à situer l'événement dans le contexte. Il fait environ 40 degrés l'après-midi. Et encore, c'est à Amman, légèrement en altitude qu'on trouve ces températures. Certains m'ont rapporté qu'on "crevait à Aqaba" et qu'on "étouffait à la Mer Morte". Vu mon poids avancé, j'évite tout déplacement entre midi et 17h00, ne sort qu'avec une paire de lunettes solaires, ne me déplace qu'en voiture même si c'est très polluant et que je rêve de faire du vélo et qu'il n'y a pas de vélo à Amman.
Swimming pool
Bref, la seule quiétude pour le thermomètre corporel se trouve dans les piscines, produit de luxe, au même titre que les sacs DandG ou les lunettes Gucci. Il faut en effet débourser entre 10 et 20 Euros pour pouvoir se tremper le popotin. Bon, il y a bien entendu l'alternative piscine publique, mais, bien qu'évitant de sombrer dans trop de snobisme et de travers d'expatriés à l'ancienne, je refuse de supporter les regards lubriques des ados jordaniens boutonneux. En plus, ils font plein de bruits, ne savent pas nager (et donc, s'agglutinent sur les bords) et boivent du coca en mangeant des chips. Non, la piscine publique ne passera pas par moi. J'ai donc pris un abonnement au Sheraton n'est-ce pas, afin de ne pas mourir de désèchement, et de pouvoir occuper mon fiston en attendant la reprise de nos activités professionnelles et scolaires.
Les femmes du Golf
En été, Amman est aussi une ville totalement encombrée. Les habitants du Golf - Koweit, Arabie Saoudite, Qatar, etc - viennent en villégiature ici, car chez eux, le mercure caresse souvent les 50-55 degrés. Ici, avec nos 40 degrés, on fait minable.
Ces visiteurs ont pour particularité:
- de très très grosses voitures
- des tenues blanches immaculées pour ces messieurs, des Abbaya "total look" pour ces dames
- des bruits bizarres (raclements de gorge et rires sonores pour les hommes)
- des enfants très turbulents
- des bonnes qui les suivent à la trace, tête baissée
- des goûts de luxe et un tas d'argent comme on en aura sans doute jamais
- une version traditionnaliste de l'interprétation de l'islam.
Fashionata ?
Me voici donc en pleine brasse matinale au Sheraton, lorsqu'au devant de moi surgissent deux créatures... Peut-être des James Bond Girls me dis-je!
Mais lorsque l'une d'elle rejoint ses copines au bord de l'eau, et je constate qu'il s'agit d'un complet Abbaya noir de noir, ressemblant assez à ceci:
Notez les élastiques (blancs) pour retenir les manches et les jambes, dès fois que l'eau les aurait fait remonter au coude ou au genou...
Les Jordaniennes qui fréquentent les clubs de sport et bassin de natation sont en général peu couvertes, et ont même souvent des bikinis plus petits que le mien. Il ne peut donc s'agir que de dames du Golf, même si elles sont étrangement calmes, souriantes et discrètes.
Second choc: l'une d'elle sort de l'eau. On remarque d'emblée sa poitrine généreuse et ferme, un ventre confortable et des cuisses assez épaisses. Forcément, quand c'est moillé, on voit tout... Et même, l'Occidentale que je suis est tellement curieuse qu'elle détaille du coin de l'oeil toutes les parties du corps de cette jeune dame.
En tout cas, elle n'a pas de coup de soleil...
19 août 2006
Pas de nuit en Jordanie
C'est chose faite: comme Brel (un autre belge célebre... Hum), je suis revenue (mais pas pour Mathilde). Ma foi, l'atterrissage (il y a quelques heures), s'est bien déroulé. L'arrivée à la maison s'est également déroulée sans encombre: pas de panne inopinée pendant notre absence, pas de fuite de gaz, de vol, de dégradation inattendue, un frigo vide mais en parfait état de marche. Plein de bons souvenirs à sortir de nos valises et à savourer. Que du bonheur! En général, l'immersion en terre francophone ne fait que relativiser les petits soucis et grands maux de l'expatriation. "Finalement, il y a des embrouilles partout" se dit-on avec philosophie. Mais parfois... Quand même... On demeure d'indécrottable Français (ou Belge) et puis, nos amis - ceux qu'on a eu le privilège de voir - sont les nécessaires balises de nos "vraies" vies.
Pourquoi on part, pourquoi on revient
Cette fois, en plus, j'avais grand besoin de rentrer voir mes patries (Belgique/France). Cela faisait quelques temps que je n'avais pas revu des gens faire la queue à peu près normalement, des commerçants tirer la tronche parce qu'on regarde avant d'acheter, des journaux de gens célèbres avec des femmes qui montrent leur nénés sur la plage, des journaux qui critiquent des ministres, des filles en mini-jupes, des boucheries avec des morceaux de cochons dedans. Et puis, ici, les regards des jeunes filles voilées sur ma silhouette de femme enceinte moulée - j'aime pas le style "meringue" - m'oppressaient parfois même si vraiment, mes t-shirt sont d'une totale décence. La lenteur et la nonchalance de la population, que d'habitude j'apprécie, m'agaçait un peu. Le microcosme des fausses-vraies amitiés d'expat' m'amenaient à m'interroger: qui sont mes vrais amis, au final, après quelques petits et gros désenchantements? Mais encore, le sable, la poussière, le vent... J'étais en manque de chlorophylle, de sentiers boueux, de fougère humide et de parfum de lichen après l'orage. Je suis de l'aristocratie de la terre et c'est décidé, j'y reviendrai, à ma maison perdue au fin fond de nulle part où je réparerai mon toit moi-même. Rien que cela.
Bon, aussi, j'avais bien envie d'aller voir les nouvelles collections de prêt-à-porter, de faire un tour ruineux à la fnac et d'en plus, me faire une bonne saucisse pur porc avec un fond de vin (une lichette, comme on dit chez nous, parce que comme je suis enceinte, n'est-ce pas, ce n'est pas très recommandé).
En juin le chien, en juillet le karaoké
Mais surtout, le chien du voisin étant mort ou calmé ou définitivement mutilé des cordes vocales, j'avais espéré avant mon départ un peu de quiétude. Pour ceux qui prendraient le blog en marche, sachez que j'ai eu une histoire pas possible avec un chien, très sonore entre minuit et cinq heure du matin. Après avoir réglé la question de ce malheureux, j'ai définitivement décidé que le calme, c'est vraiment le plus grand des luxes, sans doute avec l'espace, mais pour le silence (entâché de bruits de la nature, bien sûr), sans conteste, je tuerais père et mère. Après le chien, j'ai donc savouré un bon mois de nuits vaguement calmes. Hélas, avec l'été, reviennent les habitants des Émirats, de Dubai, du Koweit et d'ailleurs, que ma nounou appelle les "Vampires", rapport à leur rythme de vie: lever vers midi, coucher à 4 heure du mat'. Et à partir de 23h, musique à fond sur la terrasse. Les Jordaniens leur emboîtent parfois le pas... Après cela, on comprend pourquoi les expatriés se regroupent : tout est question de biorythme.
L'été jordanien, c'est aussi le retour des fêtes en tous genres. Et toutes les excuses sont bonnes: fiançailles, anniversaire, promotion, nouvelles voiture, retour du frère prodige. Vous allez me rétorquer que chez nous aussi, on a le sens de la fiesta. Oui, mais à quelques différences près. Imaginons que nos voisins de derrière, dont le jardinet donne sur notre terrasse et la chambre de mon fiston, fête le baptême de leur enfant. Voici le déroulement de la partie:
Les invités
Invitons 200 personnes. Il en viendra sans doute 100, et sur les absents, aucun n'aura répondu. De toute façon, même ceux qui viennent ne répondront pas qu'ils viennent. Ici, cela ne choque personne, c'est ainsi.
La date, l'heure
Prenons un jour en semaine. De toute façon, on ne bossera pas, et puis, même si on doit aller bosser vers 11h du matin parce que vraiment on n'a pas le choix, et bien, c'est la bonne qui fera le rangement après la partie. Et puis, comme cela, on aura le week-end pour refaire un méchoui avec la famille. Convions les hôtes vers 22h00. Ils arriveront entre 23h00 et 2h du matin. C'est super! Ici, cela ne choque personne, c'est ainsi.
La musique
Règle ultime, numéro un, obligée: la musique, ça s'écoute à fond la caisse. Et comme la chaîne hi-fi est minable, on louera du matériel adéquat. Des baffles de la mort qui tuent les tympans des voisins dans les 500 mètres à la ronde. Pour les autres, ils auront juste droit aux basses. On festoie, il faut que cela se sache par-delà les montagnes, les déserts et la mer morte. La musique est lancée en général vers minuit... Histoire de laisser le temps - une heure - aux bavardages, car vraiment, après, il ne sera définitivement plus possible de parler à son prochain. La Jordanie est donc une terre parfaite pour l'implantation du commerce d'appareils auditifs...
Nous voilà donc à notre énième fête du mois. Virgile ne peut décemment pas dormir dans sa chambre: le lit vibre au son de la sono. On ferme les volets, puis les fenêtres et enfin, les tentures. La température dans sa pièce grimpe à 40 degrés. Clément travaille le lendemain, il est épuisé. Virgile vient dormir avec nous. Le son est poussé au maximum. On ferme notre fenêtre, le volet, tout ce qui est fermable. La température tourne autour de 36 degrés... Et en France, une canicule fait la une de la presse. Virgile prenant toute la place, je n'y tiens plus, je m'en vais dormir dans sa chambre-disco. Mais, je vibre au son de Shakira.
Clément se relève. Et si on allait leur demander de baisser? Il n'est pas loin de 2h00 du matin... Après tout. Non, ben, non, ici, cela ne se fait pas. Au pire, on va picoler avec les voisins.
Après trois soirées de ce régime, j'avais une tête de dépressive. Les yeux me piquaient la journée, je tentais les siestes l'après-midi, heure à laquelle les voisins saoudiens décidaient de se lever en fanfare... Le retour en France s'imposait.
19 août: ma maison en Jordanie, enfin retrouvée!
Ce soir, atterrissage de l'avion AF sur une piste de l'aéroport Queen Alia (celle qui est morte dans un crash). Je suis debout sur mon siège, trépignant à l'idée de rentrer chez moi après un périple à travers la France et une overdose de chlorophylle.
Une bonne douche et une pizza plus tard, nous nous glissons dans nos draps... Quel plaisir de serrer contre soi son oreiller! Minuit sonne... Un affreux bruit de karaoké retentit... Le sol vibre sous nos pieds nus. Nous sommes frappés de stupeur. La première impression surmontée, nous échangeons notre opinion sur la nature de la nuisance:
- Je te dis que c'est un karaoké, Clément!
-Du tout! C'est un chanteur en live... Dans le haut de la rue. Un concert ou quelque chose comme cela.
- Ben non, c'est en face, chez les Saoudiens. Pour sûr!
- Ben on irait pas voir?
19 août: soirée Paris Hilton à deux pas de ma maison en Jordanie
Nous enfilons notre pyjama, parce qu'on dormait presque tout nu, et sortons dans la rue d'apparence si paisible en matinée. Plus on la remonte, plus les grosses voitures se succèdent: Mercedes Compressor, Coupé BMW, Voiture de sport genre Ferrarri mais je n'y connais rien alors ce n'est peut-être pas cela. Des alarmes se déclenchent, les voituriers ne sont pas familiés de ces engins dirait-on. Puis, au détour d'un palmier, nous sommes confrontés à un nouveau choc: il s'agit d'un spectacle son et lumière. Des images caléiodoscopiques sont projetées sur les immeubles voisins. Nous passons tout de même l'entrée de la grosse demeure d'où émane ce brouhaha, sans nous faire arrêter par les molosses qui sont postés là. Pourtant, je viens de réaliser que je suis en robe de nuit (c'est comme cela qu'on dit en belge), les cheveux en bataille, le teint déjà blafard. Clément est un pas plus loin... Il rebrousse chemin. "Ils sont 1000 là-dedans, je te jure!". La maîtresse des lieux arrive. Oui, il y a une fête. Oui cela va durer. De toute façon, ils ont une autorisation. De toute façon, il y a un congé pour les administrations demain... Mais bon, quand même, d'autres bossent et notre fils se lève à 6h30: nous n'allons pas passer la journée au lit quand même!? Mais cet argument fait sourire l'interlocutrice. Il est certain qu'elle dormira tard demain, que sa bonne prendra soin de ses enfants. Nous repartons donc comme nous sommes venus: penauds, après ce coup d'épée dans l'eau.
Il est 1heure du matin à Amman. Je ne dormirai pas cette nuit, la première passée en ce pays depuis un mois.
Maintenant, je vais continuer à surfer sur internet pour trouver une grange dans le Cantal, à retaper intégralement, parce que je veux vivre loin du monde civilisé.












