Jordanie... Holy Land!

Petit journal de bord, mais aussi: l'expatriation au quotidien, les rencontres, , la culture, les anecdotes... Tout sur tout!

20 mai 2007

Congé sans solde

Vous l’aurez constaté, mon activité blogophile est actuellement au point mort.

1000 Excuses.

Ne vous alarmez pas: je n'ai pas été enlevée par un groupe d'extra-terrestres, je survis sans trop de peine à la vie de femme d'expat et je continue de manger du mouton sans avoir de troubles particuliers.

Sachez que je vous lis encore, chers bloggueurs et visiteurs…

Avant de reprendre du service après cet été !

J'ai tout un tas d'excuses très valables, qui n'ont rien à voir avec un manque de motivation, mais trève de bavardage, je vous en épargne les détails (pourtant parfois bien surprenants...).

PS: je continue d'être étonnée par certains aspects de la société jordanienne et de la vie d'expat, et je mets tout cela de côté pour vous!

Posté par marjorie_camus à 20:23 - L'analyse de l'expatologue - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


11 décembre 2006

Les valises de l'expatrié

Le retour au pays

Chaque expatrié qui quitte le territoire pour une durée déterminée se voit charger de missions diverses et variées. Ici, nous ne manquons franchement de rien, mais c’est toujours le petit truc qu’on n’a pas qui finit par faire fantasmer nos esprits.

Ainsi, un ami me disait

- Aaah, moi, j’achète Le Monde tous les jours! C’est cher, mais j’en ai vraiment besoin.

- Je comprends, la culture, ça me manque aussi… Répondit-je d'emblée

- Oui… Un bon petit ciné, ce serait cool quand même…

- … (silence méditatif)

- En fait, je te dis cela, mais le ciné, je n’y allais jamais quand on était à Paris.

L’expatrié est ainsi fait qu’il fantasme.

Lors de mes retours semestriels en Europe, j’ai donc enregistré et accompli/à accomplir - avec le plaisir de celui qui apporte le remède au mourant - les commandes suivantes :

- Gélules homéopathiques (Arnica, Camomilla en 30CH, 10 tubes de chaque… Une quantité astronomique, à croire que ma commanditaire les mange en apéritif (Luna, sincèrement, tu vas le finir quand ton stock ?)).

- Boudin blanc (en Belgique, il y en a toute l’année et lorsqu’on le grille à la poêle, accompagné d’une petite purée et d’une compote tiède, c’est un délice… Oui, la cuisine belge est roborative !)

- Sirop de Liège (encore un truc bien de chez nous, n’est-ce pas. Un sirop tout gluant qui colle au couteau, à base de pomme et surtout de sucre, qu’on met sur sa tartine ou mieux, sur son morceau de brie, lors de soirée « fromages » entre amis).

- Lardons (commande en cours. Genre Herta, car ici, on en trouve pas, même si il y a bien du lard qui ressemble plus à un morceau de gras blanc avec une grosse couenne, et pour le bacon, c’est même parfois du lard de dinde)

- De la culture en boîte : DVD (OSS 117, Camping, rien que du grand cinéma), CD (Olivia Ruiz et Sheller), BD (Le Chat du Rabbin, Le Retour à la Terre, et merci Papa Noël pour le reste !)

- Fois gras, terrines diverses (« ramène n’importe lesquelles s’il te plaît» : lièvre, sanglier, porc, perruche), magret (parce que ça se conserve bien, c’est rudement pratique pour épater les invités)

- Grenadine (j’en ai fait rapporter à ma pauvre mère. Résultat : en un mois, on en a bu une seule fois, même Virgile n’aimant guère. Voilà donc le fantasme suprême : celui qu’on ne devrait JAMAIS assouvir).

- Sac Longchamps (le « framboise écrasé en grand format s'il te plaît! »… Disponible à l’aéroport de Vienne où le Belge fait escale en provenance de Bruxelles)… Vous aurez donc remarqué qu’on tape aussi dans les commandes de luxe et dans le non-comestible.

- Journaux intellectuels et engagés (SIC : Voici, Gala, Paris-Match, Marie-Claire, Elle, Femme Actuelle, Femme d’Aujourd’hui…)

- Journaux gratuits qu’on file à l’embarquement chez Air France (merci Air France !) : Le Monde, l’Express, Le Figaro, L’Equipe.

Mais n’ayez pas pitié de nous (non, vraiment, n’ayez pas pitié) : nous avons des avantages, outre la qualité de la viande d'agneau, du temps pour nous et le soleil 7 mois par an !

Par exemple, dans le domaine de la série américaine, nous commençons la saison 3 de DHW et terminons la saison 5 de 24H Chrono. Non, je ne vous dirai pas si ce coup-ci, Jack a sauvé le Président et Los Angeles d’une terrible bactérie achetée par des Russes islamistes… Héhéhé...

Une vraie longueur d'avance (le slogan des Ardennes belges, là d'où je viens, acollé au sanglier… Le fameux sanglier des Ardennes)!

Comme j’ai cessé d’être totalement sociable (par choix autant que par défaut) un soir d'été 2006 (Nota Bene: le comble de l’expatriée est de pouvoir passer une journée entière avec un tas de monde et de quand même se sentir dans la solitude la plus absolue), j’ai déjà pas mal avancé dans tout cela (les séries télé, pas la solitude absolue).

Pour ce séjour de Noël, je vais donc me munir des autres séries américaines disponibles au marché noir de Down Town (je serai sociable un peu quand même, promis) : Monk, Nip/Tuc, Prison Break, etceteri, etcetera.

Cela me sera très utile… Si, si, je vous assure. Imaginez, par exemple, que je croise une bande d’Anglaises qui jouent à un jeu de société. Eh bien, si par hasard c'est un jeu avec des camemberts... Je serai incollable aux questions roses. Si c’est pas de la chance ça !

Posté par marjorie_camus à 21:07 - L'analyse de l'expatologue - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 août 2006

Autre blog, autre mœurs !

Voici un petit coup de pub pour deux « nouveaux » bloggueurs expat’ en Jordanie. Maintenant que nous sommes trois, nous pourrons donc faire des réunions, des papiers révolutionnaires, des meetings secrets et créer une association sans but lucratif.

J’ai rencontré Anne en juin, et même si son aventure jordanienne (et bloguesque) a cessé, ve fut une rencontre sympa.

Me reste à rendre visite à notre nouveau venu « made in France », Bastien (http://ouestbastien.over-blog.org/). Ce charmant bloggueur vous donnera une vision de la Jordanie que vous n’aurez jamais sur mon blog. Et pour cause !

-         je ne fréquente pas les boîtes de nuit (appelées « Cabarets ») parce que j’aime pas la foule et la fumée et que je ne bois plus (parce qu’on y trouve de l’alcool dans ces endroits de dépravation).

-         je ne me secoue pas dans les Rave Parties du Wadi Rum parce que je déteste le bruit, et que quand je vais au désert, c’est surtout pour méditer sur mon caillou face au levé de soleil

-         je ne vais pas dans les stades de foot (je préfère le rugby, sauf après les quarts de finale de la coupe du monde)

Bastien donne aussi tout un tas d’infos très utiles, intéressantes et moins marrantes sur son ONG. Mais vraiment, c’est moins marrant. Donc, pour les lectures légères, je vous conseille les rubriques "soirées", "expériences", etc.

Nota bene: félicitations aussi pour ce blog "Où est Bastien?" qui apparaît quasi en pool position (enfin, presque) avec les mots « jordanie, blog » dans le moteur de recherche !

Carte postale: La Mer Mort, par 45 degrés.

P1010006

Posté par marjorie_camus à 22:17 - L'analyse de l'expatologue - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 juin 2006

Pierre d'Alun: le secret de beauté des femmes orientales?

Flash back : début mai 2006, un samedi après-midi, après l’action coup de poing de Madame Bio (cf. infra).

-          Salut c’est Suzanna !

-          Ah salut, j’allais partir à la pharmacie 1, tu as besoin de quelque chose ? Je vais acheter une pierre d’Alun !

-          Ah mais ouuuuuiiiiiii ! Si tu en trouves une, tu en prends pour moi ?!

-          Ok, j’en prends déjà pour trois autres filles, donc, j’aurai peut-être un prix de gros !

Haro aux toxines !

Quand je suis arrivée ici en Jordanie, j’ai un peu hésité à dire que le matin, je mangeais des céréales fraîchement moulues, avec des fruits secs, du fromage blanc et des fruits, le tout réduit en une grosse bouillie. J’avais affirmé ne pas trop apprécier la viande (mais c’est tout relatif), certaines sont venues me dire que je n’aurais jamais d’autres enfants si je ne me nourrissais pas de plus de protéine… Donc, dire que je cuisinais le plus souvent possible selon l’enseignement de ce bon docteur Kousmine… Non, autant dire que je faisais le régime des groupes sanguins et passer pour la folle du village. En plus, comme j’ai des tas de soucis d’allergie, je sais qu’on aurait vite fait de mettre tout cela sur le compte d’un régime alimentaire jugé bizarroïde.

Fort heureusement, j’ai découvert assez vite une charmante jeune femme qui elle-aussi mangeait des graines et surveillait les listes de produits polluants, cancérigènes et préférant le commerce équitable à tout autre forme de business. Sa fille n'aime pas trop la glace, ce qui a fait dire à une autre copine "c'est normale, elle a une maman bio". Ainsi naissent les légendes... Pour ma part, j'ai déjà retrouvé des miettes de chips sur ses canapés, et je l'ai déjà vue manger des trucs hypercaloriques avec des tonnes de colorants industriels non agréés CE. Mais ce fut sans doute l'exception, car je m'en souviens très nettement...

Toujours est-il que cette compagne d’expatriation nous annonce platement lors d’une réunion de quelques bonnes femmes que « les déodorants antiperspirants sont cancérigènes, c’est très connu, c’est très dangereux et tout, faut vraiment faire gaffe ». Madame bio nous encourage a acheter une pierre d’Alun, solution miracle aux mauvaises odeurs de dessous le bras. Voilà donc pas que, de retour à alun_vracla maison, je m’empresse de remiser dans l’armoire mon déo Louis Widmer que je venais juste de trouver en Jordanie. Madame bio nous avait encore expliqué que le déo antiperspirant bloque les entrées (pores) de dessous le bras. Les toxines restent donc prisonnières là-dessous et les odeurs avec. Au bout de quelques années, fatalement, les toxines se rebellent et attaquent notre organisme. Et bardaf, c’est le cancer des dessous de bras assuré, voir le cancer du sein.

Il valait donc mieux adopter ce secret de beauté de la femme orientale, qui utilise aussi de manière plus traditionnelle, à ce qu’on raconte, un morceau de charbon de bois pour se frotter les petits endroits et éviter taches inopportunes et mauvaises odeurs…

Forum « science et nature »

En attendant de trouver une pierre d’Alun, je décide donc de cultiver mon côté nature : les odeurs pourraient aller et venir à leur guise et ça me ferait de la place au restaurant. Lors d’un déjeuner chez Madame bio, voilà ti pas que son mari, Monsieur Superbio, s’étonne : « quoi ?! Vous utilisez la pierre d’Alun ?! Mais c’est cancérigène ça ! ». Il encourage sa femme à laisser s’envoler les mauvaises senteurs. Si on transpire, en fin de compte, c’est naturel, c’est normal, c’est bien. Apparemment, l’aluminium de la pierre d’Alun serait nuisible pour l’organisme. S’en suivit une discussion houleuse sur le comment agit la pierre d’Alun. Pour Madame bio, les mauvaise odeurs sortent et sont saisies par la pierre qui les maîtrise (d’un coup de poing). Pour Monsieur bio, les débris de pierre bouchent les pores et les toxines restent au-dedans, horreur suprême, de même que le déo antiperspirant connu de toutes. Moi, je penchais plutôt comme Madame bio tout en me disant que c’était quand même pas de bol que la moitié des Françaises d’Amman cherchaient des pierres d’Alun depuis une semaine ou deux.

Chaque fois que je croise une dame, je me demande si elle a été informée de la nouvelle et si, comme moi, elle cultive son côté nature en attendant la solution. J’ai un mauvais odorat et je ne suis donc même pas importunée par mes propres effluves, mais j’attends avec impatience la réunion de bonnes femmes de demain, pour voir comment, par 40°, nos petites toxines se manifestent…

Madame bio est-elle vraiment une amie qui nous veut du bien ?

PS: j'oubliais de dire que ce poste n'a aucunement l'intention de concurrencer "feu aux aisselles" sur le blog de fille de notre chère Hélène...:-)

Posté par marjorie_camus à 08:46 - L'analyse de l'expatologue - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 mai 2006

Les clubs privés et très privés des expat’

Expatriée désoeuvrée? Hyper active? En manque de contacts sociaux? touche-à-tout? Voici quelques pistes pour vous substanter le  corps et l’esprit, à Amman, en Jordanie:

  • Cours de langue Arabe : divers et variés, accès aisé, paiement au comptant. Je cherche toujours la formule idéale, car au Centre Culturel Français, le bureau des inscriptions ressemble plutôt à un magasin soviétique en période de pénurie…
  • Club de Ma’jong. Bon, il faut être femme d’ambassadeur. Vous pouvez toujours tenter d’être cooptée, car pour celles que je connais (1), elles sont très sympas.
  • Cours clandestin de cuisine. J’ai demandé à une amie comment on pouvait participer et elle m’a répondu « il fautcours_de_cuisine5 faire partie du groupe »… Ca coupe l’appétit, mais c’est du vécu ! De toute façon, je ne voulais pas participer, je ne sais pas pourquoi j'ai demandé cela...  Sans doute parce que je voulais éprouver la réponse... Oui, c'est un peu nul, je sais.
  • Cours semi-clandestin de cuisine, avec un grand chef français œuvrant dans un grand hôtel. Annoncé dans le journal d’Amman Accueil, mais seules certaines ont été recontactées vu le peu de places disponibles. C’est le début du Darwinisme !
  • Conférences des pères de l’école biblique de Jérusalem. Très facilement accessibles, quoiqu'en pensent certains. Moi qui suis juste chrétienne en devenir (jamais à la messe, toujours au bistrot), j’ai été invitée à maintes reprises chez d'hospitaliers particuliers qui accueillent la conférence bénévolement. Après, on casse la croûte et on rrrreeeeefait la conférence!
  • La chorale de la messe. Deux conditions pour participer : aller à la messe et savoir chanter (quoique je ne suis pas certaine du second critère, mais je ne les ai jamais entendu non plus).
  • Club de foot pour les enfants. Condition d’admission : avoir un enfant en âge de jouer au foot.
  • Club de dessin et aquarelle: rien à dire à ce sujet...
  • Cours alternatif d’Arabe. Condition d’admission : « c’est Madelca qui décide, moi, je me suis juste insérée dans le groupe ».
  • Virées entre copines (ex. : une journée de thalasso à la Mer Morte). Condition d’admission : « c’est Madelca qui décide, moi, je me juste suis insérée dans le groupe ». Cela pourrait être de l'ostracisme qu'on ne serait pas surpris...
  • Club secret : on le suspecte, on spécule sur ses membres, mais on n'en sait pas plus… Il paraît qu'on y égorge des poulets pour jeter des sorts...
  • Club de Pyssanka: peinture sur oeuf (de poule). Bon, au début, je trouvais cela kitchissime. Mais il faut reconnaître qu'elles ont de la patience et du savoir-faire, ces petites dames. Toutefois, le concept d'exposer un oeuf de poule sur ma cheminée me laisse toujours perplexe.

pyssanka

  • Club de broderie : accès sur base d’un consensus des membres effectifs. Je suis membre mais je ne fais pas de point de croix. C’est mon côté rebelle...
  • Club de patchwork : accès aisé via Amman Accueil. J’ai été voir mais je crois que je n’aurais pas la patience de faire tous ces petits points… Je vais donc tricoter au club de point de croix (je suis une rebelle, vraiment, je vous jure).
  • Club d’aquagym : il faut aimer l’eau et la gymnastique.
  • Tea-party : plus on est invitée, plus on en prend pour notre côte de popularité. C’est ce que je croyais. Mais finalement, c’est juste un coup à prendre des kilos...
  • Club de secourisme : cours dispensé par une Belge, donc formidablement conviviale. Je fais du copinage car je n’y suis jamais allée…
  • Actions bénévoles et caritatives: aider les dames Palestiniennes en leur donnant des orientations pour leur ouvrages de couture et point de croix (c'est un chemin de croix car elles sont têtues comme des bourriques), aller trier les vêtements avec les bonnes soeurs, être dans le conseil d'administration de l'Ecole Française ou organiser la Food Fair de l'Ecole Anglaise. Y'en a pour tous les goûts!
  • Club de Taï-Shi : je sais juste qu’il existe et qu'il est donné par un vrai Chinois qui fait aussi de l'accuponcture et de la réflexologie (j'ai testé, c'est le pied).
  • Club mixte clandestin : j’en fais partie, donc, je ne peux rien vous dire…Mais on n'égorge pas de poulets.
  • Club d’exposés en français : surtout à destination des vieilles dames éduquées jordaniennes qui aiment bien avoir quelques Françaises pour les corriger. C'est aussi cela la French Touch!

Je connais très mal les clubs alternatifs et clandestins, mais si on cherchait un peu, on en trouverait sans doute dédiés à la pâte à modeler ou à la danse indonésienne. Mais la discretion est de mise dans notre petit village d'irréductibles expatrié(e)s!

Les paroles de la "paix" en amitié

Pour éviter de froisser une amie tenue à l'écart (et cela arrive tout le temps à un tas d'entres nous) ou par pur prudence (on ne sait pas qui a été mis à l'écart et on ne veut pas être celle par qui le scandale arrive), il faut donc dire: "je suis allée quelque part faire quelque chose" plutôt que "je suis allée suivre un super cours de cuisine russe chez Raymone". Etre factuelle et évasive sont les deux clefs de la paix intérieure, sauf avec les deux personnes à qui vous faites totalement confiance et dont vous enterreriez bien le cadavre (oui, parce que j'ai passé l'âge où je croyais qu'on allait enterrer un cadavre avec sa meilleure copine). Si on vous demande avec qui vous étiez pour faire le "quelque chose", vous répondrez prudemment "avec des connaissances", plutôt que "avec ta copine Marilyne et ta voisine Sandra". Je vous explique cela mais en fait, je suis nullissime dans ce genre de manoeuvre.

Tout est politique!

Posté par marjorie_camus à 06:53 - L'analyse de l'expatologue - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 mars 2006

L'expat' à la loupe: le ragot d'expat'

Les petites communautés ont, toutes autant qu’elles sont, quelques heureux et misérables points communs : recréation d’une vie de quartier autour de certains lieux (parc, grande surface), ostracisme de certains groupes à l’égard de personnes externes, et, au summum du médiocre : propagation de ragots en tous genres.

Si la communauté des expatriés francophones d’Amman s’entend plutôt bien et que divers activités sont régulièrement organisées dans la bonne humeur et la convivialité, elle n’échappe pourtant pas à la triste règle du ragot… Notre expatologue J. Saitout (un peu professoral et prétentieux, mea culpa) a mené l’enquête auprès d'un ragotologue (non moins prétentieux, re-mea culpa).

Amman, un grand village (... Et même pas un grand lit !)

Amman. 2006. Me voici installée dans un village de 600 Français (de 0 à 97 ans) et 60 Belges à peine. Les fenêtres vous scrutent… La rumeur est parfois fondée, contrairement au ragot qui contient presque invariablement une importante dose de perfidie et de mensonge.

Naissance et mort du ragot

Les paroles malintentionnées sont plutôt l’œuvre machiavélique de compatriotes pétris d’ennuis, errant d’un thé à un appel téléphonique. Pour que la sauce prenne, il faut un potentiel de langues bien taillées, ce qui permet d’entretenir et de véhiculer un nombre impressionnant de ragots. Le ragot, d’oreilles demandeuses en langues fourchues, s’amplifie, se déforme, se gonfle, enfle, s’enrichit, frôle l’éclatement sans jamais l’atteindre. Le ragot bien placé se répand à une vitesse meurtrière. Le ragot ne meurt pas, il se dissout peu à peu, non sans avoir laissé quelques traces dans la mémoire collective.

Marie-Robert n'est pas une éponge!

Prenons le cas de Marie-Robert, invitée il y a quelques temps à un dîner. Elle s'enquiert d'une amie commune: "Thérèse ne devait pas venir?". Morita, l'hôte du jour, dit alors "Si, mais elle vient plus tard, elle ne voulait pas venir sans son mari". Marie-Robert s'enquiert de savoir pourquoi. "Parce qu'elle est déprimée sans doute, elle ne voulait pas sortir sans lui et elle l'attend" répond Morita, avec un soupçon de mépris dans la voix. Jean-Chrétien, l'époux de Marie-Roberte, ajoute alors "Oh, ce ne doit pas être grave, nous avons rencontré une amie à elle qui a dit qu'elle était déjà comme cela au Chili".

Marie-Robert rétorque alors: "moi, rien à faire, ça me fait quand même de la peine. Je suis un peu éponge et ça ne me laisse pas indifférente, quand elle m'appelle, de la sentir morose".

Deux jours plus tard, Morita appelle Thérèse: "tu sais ce qu'a dit Marie-Roberte de toi? Et bien, lors du dîner à la maison, elle a raconté que tu étais une dépressive chronique, insatisfaite et que tu es comme cela depuis toujours. Elle a ajouté qu'elle ne supportais plus de t'avoir au téléphone car elle a l'impression que tu la prends pour une grosse éponge et que tu pleurniches tout le temps. Ca fait de toi, selon elle, une personne infréquentable!"

Thérèse, éplorée, s'en va alors voir son amie Wanda. Celle-ci  lui dit que Marie-Robert a toujours été fière comme tout. Il paraîtrait qu'elle a déjà fait le coup à une fille qui est partie. Le soir de l'affaire, Wanda téléphone à Odile. Odile est choquée, mais finalement, guère surprise. Cette Marie-Robert est toujours toute seule à Cosmo pour faire ses courses, paraît qu'elle est asociale, c'est elle-même qui l'aurait dit à Cindy qui l'a raconté à Morita. Odile promet à Wanda de faire un thé à la maison dimanche avec quelques copines, surtout pour consoler Thérèse. Il ne faudra pas oublier d'inviter Morita...

L’avis du ragotologue

Le ragot blesse parfois, tant il est mesquin, ou provoque un fou rire, tant il est absurde (parfois, les deux à la fois). J’ai ainsi pu observer que deux conditions sine qua none sont nécessaires au fonctionnement du ragot : premièrement, il faut un solide réseau de transport du ragot. Le téléphone semble demeurer une valeur sûre. Deuxièmement, il faut que le sujet du ragot y soit sensible. Si, lorsque vous croisez l’auteur du ragot (il est généralement identifiable de manière incontestable), il perçoit en vous le moindre signe de faiblesse, et bien, le ragoteur continuera son dessein. Plus on gagne, plus on joue !

Apprenez à démasquer le ragoteur

Le ragot n’implique pas forcément la haine, mais souvent la jalousie. Le ragoteur n’a que peu de scrupules : il peut dire du mal de vous le samedi, inventer ou déformer et vous saluer bien bas le mardi, voire vous inviter à prendre le thé (vous ne savez pas encore qu’il complote) pour que vous lui fournissiez quelques belles orties. Le ragoteur ne connaît pas le scrupule. Le ragoteur agit en toute impunité.

Notice à l’usage des futurs expatriés en communauté réduite

  • Evitez au maximum la fréquentation de ragoteurs. Même si vous êtes lisses comme le serpent, le ragoteur finira par trouver une faille, une parole qui pourra être exploitée à mauvais escient. De plus, celui qui n’est pas avec le ragoteur, est contre lui (c’est ce qu’elle croit). Si vous êtes irréprochables aux yeux de le ragoteur, elle créera de toute pièce des preuves à charge.
  • Le ragot contre un proche peut-être tué à la source, mais vous tomberez obligatoirement en disgrâce auprès du parent du ragot. Vous deviendrez alors une cible à abattre, à votre tour. Je parle d’expériences… (je suis maudite jusqu’à la 7e génération, je crois).
  • Parfois, un second degré peut même passer pour un premier degré. Dégâts collatéraux assurés. Assurez-vous que ce qui sort de votre bouche tombe toujours dans une oreille amie. Dans le doute, abstenez-vous : ne blaguez jamais avec un ragoteur notoire.
  • Pour vous prémunir des ragots, riez quand vous les entendez ! Rire d’un ragot le désintègre un peu.
  • Mais le meilleur des remèdes est en réalité un vaccin : n’écoutez pas ce qu’on dit sur vous ! Soyez sourds aux médisances !

NB : le ragoteur est presque toujours exclusivement un sujet féminin. L’homme sait mentir, mais pas calomnier.  Mais bon, tout cela, je n’en suis pas sûre, ce ne sont que des ragots…

Posté par marjorie_camus à 20:42 - L'analyse de l'expatologue - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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