14 décembre 2006
Au supermarché (acte 2)
Une lectrice - croisée cet après-midi au supermarché - me faisait remarquer à hauteur des patates (en fait, non, c'était près des bananes), que Cozmo s'écrivait avec un Z et non comme le magasine magazine... Non... magasine... Heu, non... hebdomadaire éponyme et plutôt dédié aux régimes qu'à la boustiffaille.
Du coup, en tapant Cozmo sur le net, quelle ne fut pas ma surprise de trouver un site dédié à une comparaison entre Cozmo et Safeway... Quelle créativité n'est-ce pas?
Voici donc une autre comparaison (tant qu'il n'y a que deux supermarchés, c'est vraiment aisé):
Et dont je reprends juste ce dernier paragraphe:
One thing I’d hope we’ll see come out of this is a drop in prices. It is absolutely ridiculous that Amman is most expensive city (measured by level of income) in the WHOLE ARAB WORLD. While the current players in the retail space are doing well (seems that the Middle Class is not entirely dead, eh?
), prices need to drop to expand the market of Jordanian shoppers. Let’s hope that competition does translate into better prices for all of us.
A bon entendeur...
11 décembre 2006
Les valises de l'expatrié
Le retour au pays
Chaque expatrié qui quitte le territoire pour une durée déterminée se voit charger de missions diverses et variées. Ici, nous ne manquons franchement de rien, mais c’est toujours le petit truc qu’on n’a pas qui finit par faire fantasmer nos esprits.
Ainsi, un ami me disait
- Aaah, moi, j’achète Le Monde tous les jours! C’est cher, mais j’en ai vraiment besoin.
- Je comprends, la culture, ça me manque aussi… Répondit-je d'emblée
- Oui… Un bon petit ciné, ce serait cool quand même…
- … (silence méditatif)
- En fait, je te dis cela, mais le ciné, je n’y allais jamais quand on était à Paris.
L’expatrié est ainsi fait qu’il fantasme.
Lors de mes retours semestriels en Europe, j’ai donc enregistré et accompli/à accomplir - avec le plaisir de celui qui apporte le remède au mourant - les commandes suivantes :
- Gélules homéopathiques (Arnica, Camomilla en 30CH, 10 tubes de chaque… Une quantité astronomique, à croire que ma commanditaire les mange en apéritif (Luna, sincèrement, tu vas le finir quand ton stock ?)).
- Boudin blanc (en Belgique, il y en a toute l’année et lorsqu’on le grille à la poêle, accompagné d’une petite purée et d’une compote tiède, c’est un délice… Oui, la cuisine belge est roborative !)
- Sirop de Liège (encore un truc bien de chez nous, n’est-ce pas. Un sirop tout gluant qui colle au couteau, à base de pomme et surtout de sucre, qu’on met sur sa tartine ou mieux, sur son morceau de brie, lors de soirée « fromages » entre amis).
- Lardons (commande en cours. Genre Herta, car ici, on en trouve pas, même si il y a bien du lard qui ressemble plus à un morceau de gras blanc avec une grosse couenne, et pour le bacon, c’est même parfois du lard de dinde)
- De la culture en boîte : DVD (OSS 117, Camping, rien que du grand cinéma), CD (Olivia Ruiz et Sheller), BD (Le Chat du Rabbin, Le Retour à la Terre, et merci Papa Noël pour le reste !)
- Fois gras, terrines diverses (« ramène n’importe lesquelles s’il te plaît» : lièvre, sanglier, porc, perruche), magret (parce que ça se conserve bien, c’est rudement pratique pour épater les invités)
- Grenadine (j’en ai fait rapporter à ma pauvre mère. Résultat : en un mois, on en a bu une seule fois, même Virgile n’aimant guère. Voilà donc le fantasme suprême : celui qu’on ne devrait JAMAIS assouvir).
- Sac Longchamps (le « framboise écrasé en grand format s'il te plaît! »… Disponible à l’aéroport de Vienne où le Belge fait escale en provenance de Bruxelles)… Vous aurez donc remarqué qu’on tape aussi dans les commandes de luxe et dans le non-comestible.
- Journaux intellectuels et engagés (SIC : Voici, Gala, Paris-Match, Marie-Claire, Elle, Femme Actuelle, Femme d’Aujourd’hui…)
- Journaux gratuits qu’on file à l’embarquement chez Air France (merci Air France !) : Le Monde, l’Express, Le Figaro, L’Equipe.
Mais n’ayez pas pitié de nous (non, vraiment, n’ayez pas pitié) : nous avons des avantages, outre la qualité de la viande d'agneau, du temps pour nous et le soleil 7 mois par an !
Par exemple, dans le domaine de la série américaine, nous commençons la saison 3 de DHW et terminons la saison 5 de 24H Chrono. Non, je ne vous dirai pas si ce coup-ci, Jack a sauvé le Président et Los Angeles d’une terrible bactérie achetée par des Russes islamistes… Héhéhé...
Une vraie longueur d'avance (le slogan des Ardennes belges, là d'où je viens, acollé au sanglier… Le fameux sanglier des Ardennes)!
Comme j’ai cessé d’être totalement sociable (par choix autant que par défaut) un soir d'été 2006 (Nota Bene: le comble de l’expatriée est de pouvoir passer une journée entière avec un tas de monde et de quand même se sentir dans la solitude la plus absolue), j’ai déjà pas mal avancé dans tout cela (les séries télé, pas la solitude absolue).
Pour ce séjour de Noël, je vais donc me munir des autres séries américaines disponibles au marché noir de Down Town (je serai sociable un peu quand même, promis) : Monk, Nip/Tuc, Prison Break, etceteri, etcetera.
Cela me sera très utile… Si, si, je vous assure. Imaginez, par exemple, que je croise une bande d’Anglaises qui jouent à un jeu de société. Eh bien, si par hasard c'est un jeu avec des camemberts... Je serai incollable aux questions roses. Si c’est pas de la chance ça !
10 décembre 2006
Au supermarché
Parmi les questions les plus fréquentes qui me sont posées par les futurs arrivant en terre sainte, il y a celles relatives à l'alimentation et aux supermarchés. Attention, ce poste s'adresse plus spécifiquement à la ménagère de moins de 60 ans...
En Jordanie, on trouve de tout à condition de vouloir, parfois, y mettre le prix. Certes, la viande - boeuf, veau et mouton - est moins chère qu'au pays. Mais les céréales (Cheerios, Smacks et compagnie), le fromage français ou encore les produits bio (si, si, si, il y a des produits bios), c'est carrément le grand luxe! Il y a même du cochon, pas en grande variété, ni d'excellente qualité, mais cela se mange. Il y a même moyen de se composer une petite choucroute, mais pour la saucisse de Lyon, il faut se faire inviter chez des amis qui font la traversée de la Méditérannée avec des valises pleines de denrées rares.
Coup de fil vital
Certains aliments sont présents dans les rayons par intermittence uniquement: la polenta va et vient, les petits Gervais font des passages éclair au département produit frais et la choucroute vient de disparaître de ses voisins "AB biologique" après plusieurs semaines de présence. Ainsi, nous assistons parfois à l'envoi massif de SMS de ce type: "graine de lin dispo chez Cosmo" ou encore "prends-moi cinq paquets de Gervais stp". Parfois, c'est l'appel désespéré:
- "Dis Marjorie, je cherche le lait condensé sucré; il se trouve où?"
- A côté du café et du thé, dans le coin près des chips. Tu vois?
- Ben non, justement, je ne vois pas. J'ai demandé mais le type ne sait pas de quoi je lui parle.
- Ecoute, il y en avait plein il y a trois jours. C'est que tout est parti... Change de recette...
Cosmo versus Safeway
Deux supermarchés (on attend toujours le Carrefour soi-disant ouvert le 25 novembre) se battent en duel: Cosmo et Safeway. En fait, il y a aussi Plaza qui est très bien mais moins couru, sans doute à cause de sa localisation et de son air vieillot.
Cosmo a cette particularité et avantage indéniable qu'on y vend du jambon. Il coûte la peau de ce que vous savez, mais bon, parfois, les envies de terroire, ça ne se contrôle pas. Cosmo a aussi la particularité d'avoir les vendeurs les plus nonchalants du tout Amman, surtout au rayon fromage où j'en connais plus d'une qui se sont excitées ou ont renoncé à leur chèvre frais. Ne vous laissez pas avoir non plus par les tickets du rayon viande: ils ne correspondent à rien, même si les numéros défilent sur le mur du fond, et il faut juste donner de la voix pour être servi. N'hésitez pas à crier "Is there anybody here?!" après le délais normal d'attente: ça marche.
"Le prix s'oublie, la qualité reste"
Somme toute, ce qui est bien chez Cosmo, c'est le petit service en plus: on emballe vos courses, qu'un type vous pose dans votre voiture (pendant que vous pouvez appeler vos copines pour leur raconter les derniers arrivages). Une petite pièce suffit à vous simplifier la vie. Je crois que c'est le service que j'adore le plus en Jordanie. Chez Cosmo, si vous perdez votre enfant (je devrais dire si votre enfant vous a encore semé), tout le personnel se met en quatre pour vous le retrouver. Comme il n'y a pas de pervers en liberté, vous ne paniquez pas trop de toute façon. En général, une vendeuse vient vous cherchez et vous conduit à votre petit "cheveu blanc": vous le retrouvez au rayon "bonheur du dentiste", entouré, choyé, par deux employés... Et comme tout se fait avec le sourire, vous n'osez même pas trop incendié le jeune voyou.
Cosmo, c'est aussi le magasin de la grande pollution: un article = un sac plastic. J'ai bien tenté de faire du prosélitisme de colonialiste primaire mais l'écologie et le monde de demain n'intéresse définitivement pas le peuple jordanien.
Du Halal chez Safeway

Chez Safeway, pas de porc, pas de fromage: c'est tenu par des Saoudiens très respectueux de tout ce que l'on sait... Du coup, il y a plein de clientes extrêmement couvertes, mais aussi, des produits parfois moins cher que chez Cosmo. Et en plus, on vous livre à la maison, dans l'heure, et sans condition. A l'étage, il y a aussi du matériel de camping, de salle de bain, de sport et de la quincaillerie, des assiettes et des machines à laver, des crayons, des livres et des chauffages d'appoint.
Je ne suis donc pas obligée d'aller au marché de la basse ville pour acheter quelques tomates et trois clous.... Même si c'est tout de suite nettement plus exotique et typique.
Et toujours du rififi aux caisses
Je suis une grande victime des problèmes de caisse. Je ne vous parle pas de la vexation de la caisse lente... Non, c'est bien pire que cela. Chez Cosmo, mes soucis récurents sont liés à des enregistrements défectueux. A la fin de votre panier, le gentil benet de caissier s'aperçoit que "oh grand dieu!" rien n'a été enregistré. Il vous lance un regard à la dérobée, tente de vous cacher l'affaire en appelant discretement deux collègues qui vont retirer dans le chaos le plus total tous vos articles de votre caddy. Là, évidemment, vous vous doutez qu'il y a anguille sous roche (même si vous téléphoniez déjà à vos copines pour leur raconter combien vous vous êtes énervée au rayon boucherie). Comme vous vous agacez de la situation, le caissier, nettement moins gentil à vos yeux, appelle un responsable qui vous explique que vous n'avez pas le choix. En général, il est 18h30, il y a un monde pas possible, votre fiston pleure qu'il veut des chips et vous avez furieusement envie d'aller aux toilettes.
Chez Safeway, les problèmes de caisse - je suis le paratonnerre de service chez eux aussi - relèvent des prix et absences de prix sur certains produits. Tout votre caddy passe comme sur des roulettes, et bardaf, au dernier produit, c'est le grain de poussière dans l'engrenage. Le caissier tout aussi benet que son voisin de chez Cosmo part, d'une démarche molle, à la recherche d'un manager. Celui-ci, trouvé après quelques longues minutes, part d'un pas incertain dans les rayons. Vous savez - à ce moment précis - que vous allez attendre interminablement. Le manager ne revient pas, mais il a envoyé un sbire à sa place. Le prix indiqué, une fois sur deux, ne correspond pas à celui qui était indiqué en rayon. A cet instant, de deux choses l'une: soit vous renvoyez le caissier à l'erreur de prix, soit vous fermez les yeux, même si le prix "tout neuf" est supérieur à celui du rayonnage. Le temps, c'est aussi de l'argent.
Le plus traumatisant, en matière de courses, demeure la différence de prix sur articles similaires. Je m'explique: j'achète six serviettes roses et six bleues. Sur certaines, le prix est indiqué, sur d'autres, ostensiblement identiques, il n'y a pas l'ombre d'un code barre, sur un troisième groupe, en revanche, il y a un code barre sans prix, mais différent - cela se voit à l'oeil nu - des autres. Bref, allez donc expliquer à votre "ami" le caissier que les prix lors du passage sous son petit détecteur de code barre ne sont pas identiques. il s'en va alors appeler des collègues. Ceux-ci ont diverses propositions pour régler votre pépin, mais aucun ne vous convainct: "on va mettre le prix le plus élevé", "laissez les serviettes sans prix ici", "achetez un autre modèle de serviettes". Finalement, nous avons tranché - c'est du vécu - pour le compromis suivant: les serviettes non étiquetées ont été facturées au prix bas, les serviettes étiquetées au prix haut sont restées à ce montant, pareil pour les serviettes étiquétées au prix bas... Tout cela après vingt minutes de palabre... Maintenant, j'abandonne d'emblé l'article que, gentil comme un coeur, le caissier veut absolument me refourguer.
La morale de cette histoire, c'est qu'on ne manque de rien et que je n'ai - pour l'instant - que des problèmes de ménagères, mais autant le savoir.
Pour les intéressés: Safeway a son site internet et sachez au passage qu'on peut commander, moyennant 25% de hausse par rapport aux prix français, à la Redoute (même collection) avec livraison via Aramex.
On n'arrête pas le progrès!
02 décembre 2006
Les images de la - jeune - Jordanie
Sont-ils Américains ou Arabes? On se le demande souvent! Leur accent est celui des séries télévisées. Ils mangent chez McDo. Ils ont fait leur études dans des établissement anglophones, portent des Gucci sur le bout de leur nez, passent leurs été à Washington D.C., où travaille leur grand frère, un analyste financier dans une grande banque.
La jeunesse dorée de Jordanie a les yeux rivés sur l'autre côté de la terre, rêvent de Shakira et d'Amérique-attitudes. Mais en même temps, elle conserve - parfois - un regard curieux sur son univers quotidien, avec ses traditions, ses minarets et son âme bédouine.
Hiba Judeh à l'accent texan, des jupes de gîtane et des yeux cernés de khôl. Elle a suivi des études de graphisme et rêve maintenant d'être une photographe à part entière, à temps plein, d'en vivre et d'être en vue grâce à ses clichés. Ce n'est pas encore abouti, mais laissons lui le temps. Ce n'est pas suffisamment audacieux, mais on y gagne en sincérité. C'est simple et sans prétention. Cela fait du bien, dans un monde artistique où il faut prendre des photos de sexes en gros plan, exhiber des animaux empaillés et bandagés, ou encore s'ouvrir les veines devant un public effrayé pour être vu, vendre et avoir les faveurs des galeries et musées...
Certes, les visions de fleurs plutôt communes relèvent de l'exercice de style et ses photos "conceptuelles" sont éculées. Mais ce n'est pas le violon d'Ingres d'Hiba. Elle aime les gueules cassées, soufretteuses et seules, des vieux et des vieilles de la basse ville, elle vibre devant les faces d'enfants sales reclus dans des quartiers de réfugiés. La valeur esthétique et documentaire s'entremêlent dans ces photos tantôt en couleur, tantôt en noir et blanc.

C'est là le chemin à suivre... La simplicité de l'observation, l'oeil qui n'analyse pas, ne juge pas, ne déforme pas. Le numérique non "traffiqué". Qu'Hiba reste loin de la mise en scène millimétrée et de la lumière fausse du studio.
La jeune fille tire aussi le portrait aux pierres de la ville, pas toujours anciennes, pas toujours belles, des morceaux d'Amman, sans surprises mais brutes et donc, vrais. Affaire à suivre... Et à encourager, juste pour le pari que les fruits seront bons bientôt.
Chez Hiba, c'est ici: http://hibajudeh.blogspot.com/

Autoportraits...




