30 août 2006
Jordanie, blog, expat... Rencontre et danse orientale
Même pas une question existentielle. Un blog, c'est pas rentable. C'est du temps de donné, comme cela, contre rien (enfin, c'est ce que je croyais au tout début). Les faux vrais faux avertissements dont mon 'petit carnet' a fait l'objet (et en général pas de la part d'islamistes intégristes comme certaines de mes notes pourraient parfois le provoquer) me font souvent douter: dois-je continuer l'aventure? Mais en même temps, pourquoi m'arrêter? En plus, maintenant que ma page a été découverte au pays du chameau, le "tout-Amman" connaît un tas de choses sur moi...Brrrr...
Les discrets penseront qu'il vaut mieux vivre caché, que l'anonymat a cette qualité qu'on passe partout, disparaît quand il le faut, ne donne aucune prise sur soi. Pourquoi ce blog d'ailleurs, qui au départ, visait à avertir les amis de mes petites et grandes péripéties, dans ce pays à la culture et aux moeurs si différentes, parfois passionnantes, parfois agaçantes... (merci à Fred, Julie, Xavier, fidèles parmi les fidèles)!
Pour les rencontres! Voilà, je n'avais jamais fait de speed dating, ni de truc du genre "rencontre avec mon correspondant suédois", ni même revoir une belâtre rencontré en boîte de nuit. Enfin, si, ça je l'ai fait une fois. C'est terrible ce que les spots, les stromboscopes et le whisky modifient notre perception... Soit.
Au Lebanon Snack. Cet après-midi, grande peureuse que je suis, j'ai embarqué Luna pour un rendez-vous au Lebanon Snack (jus de fruits extras). Je devais y retrouver Dorothée, une lectrice et Carole, une autre lectrice, toutes deux venues s'installer dans nos contrées.
Nous voilà assises Luna et moi, avec cette simple idée en tête: quelqu'un qui prend contact via un blog ne peut être qu'ouvert, on ne prend donc pas de risque! Une question me taraude pourtant: mais comment vais-je les reconnaître? J'avais omis ce détail que ma tête apparaît régulièrement sur vos écrans. Et donc sur les leurs. Samira, une autre nouvelle, les accompagnait. Le cru "rentrée d'expat 2006" s'annonce excellent! Affaires à suivres donc!
On en a profité pour faire un petit topo sur les boucheries (dont une porcine, sur la route de Mecca Mall), les habitudes de conduite(jugées pas terribles mais meilleures qu'au Liban) , les loyers (je vous en parle demain tiens), le niveau de vie (Smacks très chères et mouton "donné"), des regards des hommes (parfois curieux, de temps en temps intéressés mais jamais méchants) qui changent dès que vous avez un enfant pendu au bout du bras.
Nous en avons aussi profité pour dresser un aperçu de la danse orientale, des styles inhérents à chaque pays. Ainsi, je n'aime pas le style libanais, parce que la danseuse a les bras qui partent dans tous les sens et les épaules qui se tordent, mais j'adore le style égyptien, très distingué et tout en finesse. Mais en fait, je n'y connaîs rien...
Célébrons aussi le retour de Luna sur la scène jordanienne (pro du style égyptien). Pour les curieux de ce qu'est la danse orientale, et de comment tout cela a commencé, faites un tour chez elle.
PS: je sens qu'elle va m'appeler en râlant, juste pour la forme, parce que ça ne se fait pas de prendre des photos comme cela, surtout celle-ci qui est bien belle, mais même si elle a bien raison, elle ferait bien de protéger ses photos, non de non!
26 août 2006
Miss Abbaya mouillée en visite non officielle à Amman
Je vais encore vous parler du voile... Ce n'est pas une obsession chez moi, rassurez-vous, mais quand même, je ne cesse de m'étonner. Ou plutôt, ces futées de femmes (ou forcées) sont d'une créativité sans bornes lorsqu'il s'agit de cacher les courbes du corps, jugées corruptrices par la gent masculine (et puis souvent, par les femmes elles-mêmes). Bon, on ne va pas réécrire le Coran ici, ce n'est pas le sujet du jour.
Je ne vais pas non plus vous parler du temps qu'il fait en août en Jordanie... Enfin, si, ça vous aidera à situer l'événement dans le contexte. Il fait environ 40 degrés l'après-midi. Et encore, c'est à Amman, légèrement en altitude qu'on trouve ces températures. Certains m'ont rapporté qu'on "crevait à Aqaba" et qu'on "étouffait à la Mer Morte". Vu mon poids avancé, j'évite tout déplacement entre midi et 17h00, ne sort qu'avec une paire de lunettes solaires, ne me déplace qu'en voiture même si c'est très polluant et que je rêve de faire du vélo et qu'il n'y a pas de vélo à Amman.
Swimming pool
Bref, la seule quiétude pour le thermomètre corporel se trouve dans les piscines, produit de luxe, au même titre que les sacs DandG ou les lunettes Gucci. Il faut en effet débourser entre 10 et 20 Euros pour pouvoir se tremper le popotin. Bon, il y a bien entendu l'alternative piscine publique, mais, bien qu'évitant de sombrer dans trop de snobisme et de travers d'expatriés à l'ancienne, je refuse de supporter les regards lubriques des ados jordaniens boutonneux. En plus, ils font plein de bruits, ne savent pas nager (et donc, s'agglutinent sur les bords) et boivent du coca en mangeant des chips. Non, la piscine publique ne passera pas par moi. J'ai donc pris un abonnement au Sheraton n'est-ce pas, afin de ne pas mourir de désèchement, et de pouvoir occuper mon fiston en attendant la reprise de nos activités professionnelles et scolaires.
Les femmes du Golf
En été, Amman est aussi une ville totalement encombrée. Les habitants du Golf - Koweit, Arabie Saoudite, Qatar, etc - viennent en villégiature ici, car chez eux, le mercure caresse souvent les 50-55 degrés. Ici, avec nos 40 degrés, on fait minable.
Ces visiteurs ont pour particularité:
- de très très grosses voitures
- des tenues blanches immaculées pour ces messieurs, des Abbaya "total look" pour ces dames
- des bruits bizarres (raclements de gorge et rires sonores pour les hommes)
- des enfants très turbulents
- des bonnes qui les suivent à la trace, tête baissée
- des goûts de luxe et un tas d'argent comme on en aura sans doute jamais
- une version traditionnaliste de l'interprétation de l'islam.
Fashionata ?
Me voici donc en pleine brasse matinale au Sheraton, lorsqu'au devant de moi surgissent deux créatures... Peut-être des James Bond Girls me dis-je!
Mais lorsque l'une d'elle rejoint ses copines au bord de l'eau, et je constate qu'il s'agit d'un complet Abbaya noir de noir, ressemblant assez à ceci:
Notez les élastiques (blancs) pour retenir les manches et les jambes, dès fois que l'eau les aurait fait remonter au coude ou au genou...
Les Jordaniennes qui fréquentent les clubs de sport et bassin de natation sont en général peu couvertes, et ont même souvent des bikinis plus petits que le mien. Il ne peut donc s'agir que de dames du Golf, même si elles sont étrangement calmes, souriantes et discrètes.
Second choc: l'une d'elle sort de l'eau. On remarque d'emblée sa poitrine généreuse et ferme, un ventre confortable et des cuisses assez épaisses. Forcément, quand c'est moillé, on voit tout... Et même, l'Occidentale que je suis est tellement curieuse qu'elle détaille du coin de l'oeil toutes les parties du corps de cette jeune dame.
En tout cas, elle n'a pas de coup de soleil...
23 août 2006
Autre blog, autre mœurs !
Voici un petit coup de pub pour deux « nouveaux » bloggueurs expat’ en Jordanie. Maintenant que nous sommes trois, nous pourrons donc faire des réunions, des papiers révolutionnaires, des meetings secrets et créer une association sans but lucratif.
J’ai rencontré Anne en juin, et même si son aventure jordanienne (et bloguesque) a cessé, ve fut une rencontre sympa.
Me reste à rendre visite à notre nouveau venu « made in France », Bastien (http://ouestbastien.over-blog.org/). Ce charmant bloggueur vous donnera une vision de la Jordanie que vous n’aurez jamais sur mon blog. Et pour cause !
- je ne fréquente pas les boîtes de nuit (appelées « Cabarets ») parce que j’aime pas la foule et la fumée et que je ne bois plus (parce qu’on y trouve de l’alcool dans ces endroits de dépravation).
- je ne me secoue pas dans les Rave Parties du Wadi Rum parce que je déteste le bruit, et que quand je vais au désert, c’est surtout pour méditer sur mon caillou face au levé de soleil
- je ne vais pas dans les stades de foot (je préfère le rugby, sauf après les quarts de finale de la coupe du monde)
Bastien donne aussi tout un tas d’infos très utiles, intéressantes et moins marrantes sur son ONG. Mais vraiment, c’est moins marrant. Donc, pour les lectures légères, je vous conseille les rubriques "soirées", "expériences", etc.
Nota bene: félicitations aussi pour ce blog "Où est Bastien?" qui apparaît quasi en pool position (enfin, presque) avec les mots « jordanie, blog » dans le moteur de recherche !
Carte postale: La Mer Mort, par 45 degrés.
20 août 2006
Questionnaire: la bande des 4...
Certes, mes vacances bloguesques furent prolongées, mais je n'en néglige pas pour autant mes amis du net... Merci pour cet envoi Fred de Suède!
4 métiers que j'ai eu
Nettoyeuse d’autobus (et j’en ai trouvé des capotes)
Vendeuse dans un magasin de lingerie
Journaliste dans un magasine dédié au chat et au chien
Responsable Communication dans un musée… Le pire souvenir de ma vie; je préférais encore nettoyer les bus.
4 films que je revois volontiers:
Comme Fred, je n’aime pas trop non plus revoir des films ou relire des livres mais...
Mon nom est personne (vu 9 fois)
Le père Noël est une ordure (vu 14 fois)
Best of Franklin (merci Monsieur mon fils...), que je ne revois pas volontiers mais la période "Prince Noir" était juste pire.
Heu… Un film à venir…Sans doute...
4 endroits où j'ai habité:
Pin (village d’irréductibles Belges; 250 environs)
Bruxelles, place du Cimetière d’Ixelles
Bruxelles, rue Tilmont à Jette (10 ans et 9 déménagements)
Amman (maintenant donc)
4 séries télé que je regarde:
Desperate housewives
24 h Chrono
Ma sorcière bien aimée
Et enfin, Kamelott (pas vraiment une série, mais c'est à mourir de rire)
4 endroits que j'aimerais visiter:
Le Lot et Garonne (visite entamée)
Le Gers
La Corrèze (visite entamée)
Accessoirement, quand j’aurai fait ma cure de France, j’irais bien en Ouzbékistan, dans le Grand Nord, au Yémen, en Mongolie…
4 sites sur lesquels je vais chaque jour:
Pour l’instant, je re-rentre dans le monde de la haute technologie… Laissez-moi le temps de reconnecter mes réseaux!
4 plats favoris:
Tout ce qui est gras et sucré… Sinon, je suis une inconditionnelle de
Carbonade (mais faut vraiment qu’elle soit bonne)
Salade « chèvre chaud »
Crêpe bretonne avec cidre
Pâtes sous toutes leurs formes et couleurs, …
4 endroits publics où j'aime être:
Une église (l’air y est frais et je peux chanter sans fâcher personne)
Le Zwin, réserve naturelle en bord de mer (Belgique)
Ikéa, parfois
Une fête, mais plutôt genre fête de quartier ou fête populaire de l’ambassade d'Angleterre à Amman que disco et autre endroit nocturne (endroits que je hais)
4 amis qui ne répondront peut-être pas à ce questionnaire:
C’est même certain, vu qu’ils n’ont pas de blog, mais j'avais envie de les citer, comme cela, pour le plaisir.
Fred V de Bruxelles (le plus psychanaliste), Luna d’Amman (la plus entière), Caro du Luxembourg (la plus ancienne, et donc, très fidèle), Julie de Bruxelles (la plus raisonnable et la plus "bons plans")
19 août 2006
Pas de nuit en Jordanie
C'est chose faite: comme Brel (un autre belge célebre... Hum), je suis revenue (mais pas pour Mathilde). Ma foi, l'atterrissage (il y a quelques heures), s'est bien déroulé. L'arrivée à la maison s'est également déroulée sans encombre: pas de panne inopinée pendant notre absence, pas de fuite de gaz, de vol, de dégradation inattendue, un frigo vide mais en parfait état de marche. Plein de bons souvenirs à sortir de nos valises et à savourer. Que du bonheur! En général, l'immersion en terre francophone ne fait que relativiser les petits soucis et grands maux de l'expatriation. "Finalement, il y a des embrouilles partout" se dit-on avec philosophie. Mais parfois... Quand même... On demeure d'indécrottable Français (ou Belge) et puis, nos amis - ceux qu'on a eu le privilège de voir - sont les nécessaires balises de nos "vraies" vies.
Pourquoi on part, pourquoi on revient
Cette fois, en plus, j'avais grand besoin de rentrer voir mes patries (Belgique/France). Cela faisait quelques temps que je n'avais pas revu des gens faire la queue à peu près normalement, des commerçants tirer la tronche parce qu'on regarde avant d'acheter, des journaux de gens célèbres avec des femmes qui montrent leur nénés sur la plage, des journaux qui critiquent des ministres, des filles en mini-jupes, des boucheries avec des morceaux de cochons dedans. Et puis, ici, les regards des jeunes filles voilées sur ma silhouette de femme enceinte moulée - j'aime pas le style "meringue" - m'oppressaient parfois même si vraiment, mes t-shirt sont d'une totale décence. La lenteur et la nonchalance de la population, que d'habitude j'apprécie, m'agaçait un peu. Le microcosme des fausses-vraies amitiés d'expat' m'amenaient à m'interroger: qui sont mes vrais amis, au final, après quelques petits et gros désenchantements? Mais encore, le sable, la poussière, le vent... J'étais en manque de chlorophylle, de sentiers boueux, de fougère humide et de parfum de lichen après l'orage. Je suis de l'aristocratie de la terre et c'est décidé, j'y reviendrai, à ma maison perdue au fin fond de nulle part où je réparerai mon toit moi-même. Rien que cela.
Bon, aussi, j'avais bien envie d'aller voir les nouvelles collections de prêt-à-porter, de faire un tour ruineux à la fnac et d'en plus, me faire une bonne saucisse pur porc avec un fond de vin (une lichette, comme on dit chez nous, parce que comme je suis enceinte, n'est-ce pas, ce n'est pas très recommandé).
En juin le chien, en juillet le karaoké
Mais surtout, le chien du voisin étant mort ou calmé ou définitivement mutilé des cordes vocales, j'avais espéré avant mon départ un peu de quiétude. Pour ceux qui prendraient le blog en marche, sachez que j'ai eu une histoire pas possible avec un chien, très sonore entre minuit et cinq heure du matin. Après avoir réglé la question de ce malheureux, j'ai définitivement décidé que le calme, c'est vraiment le plus grand des luxes, sans doute avec l'espace, mais pour le silence (entâché de bruits de la nature, bien sûr), sans conteste, je tuerais père et mère. Après le chien, j'ai donc savouré un bon mois de nuits vaguement calmes. Hélas, avec l'été, reviennent les habitants des Émirats, de Dubai, du Koweit et d'ailleurs, que ma nounou appelle les "Vampires", rapport à leur rythme de vie: lever vers midi, coucher à 4 heure du mat'. Et à partir de 23h, musique à fond sur la terrasse. Les Jordaniens leur emboîtent parfois le pas... Après cela, on comprend pourquoi les expatriés se regroupent : tout est question de biorythme.
L'été jordanien, c'est aussi le retour des fêtes en tous genres. Et toutes les excuses sont bonnes: fiançailles, anniversaire, promotion, nouvelles voiture, retour du frère prodige. Vous allez me rétorquer que chez nous aussi, on a le sens de la fiesta. Oui, mais à quelques différences près. Imaginons que nos voisins de derrière, dont le jardinet donne sur notre terrasse et la chambre de mon fiston, fête le baptême de leur enfant. Voici le déroulement de la partie:
Les invités
Invitons 200 personnes. Il en viendra sans doute 100, et sur les absents, aucun n'aura répondu. De toute façon, même ceux qui viennent ne répondront pas qu'ils viennent. Ici, cela ne choque personne, c'est ainsi.
La date, l'heure
Prenons un jour en semaine. De toute façon, on ne bossera pas, et puis, même si on doit aller bosser vers 11h du matin parce que vraiment on n'a pas le choix, et bien, c'est la bonne qui fera le rangement après la partie. Et puis, comme cela, on aura le week-end pour refaire un méchoui avec la famille. Convions les hôtes vers 22h00. Ils arriveront entre 23h00 et 2h du matin. C'est super! Ici, cela ne choque personne, c'est ainsi.
La musique
Règle ultime, numéro un, obligée: la musique, ça s'écoute à fond la caisse. Et comme la chaîne hi-fi est minable, on louera du matériel adéquat. Des baffles de la mort qui tuent les tympans des voisins dans les 500 mètres à la ronde. Pour les autres, ils auront juste droit aux basses. On festoie, il faut que cela se sache par-delà les montagnes, les déserts et la mer morte. La musique est lancée en général vers minuit... Histoire de laisser le temps - une heure - aux bavardages, car vraiment, après, il ne sera définitivement plus possible de parler à son prochain. La Jordanie est donc une terre parfaite pour l'implantation du commerce d'appareils auditifs...
Nous voilà donc à notre énième fête du mois. Virgile ne peut décemment pas dormir dans sa chambre: le lit vibre au son de la sono. On ferme les volets, puis les fenêtres et enfin, les tentures. La température dans sa pièce grimpe à 40 degrés. Clément travaille le lendemain, il est épuisé. Virgile vient dormir avec nous. Le son est poussé au maximum. On ferme notre fenêtre, le volet, tout ce qui est fermable. La température tourne autour de 36 degrés... Et en France, une canicule fait la une de la presse. Virgile prenant toute la place, je n'y tiens plus, je m'en vais dormir dans sa chambre-disco. Mais, je vibre au son de Shakira.
Clément se relève. Et si on allait leur demander de baisser? Il n'est pas loin de 2h00 du matin... Après tout. Non, ben, non, ici, cela ne se fait pas. Au pire, on va picoler avec les voisins.
Après trois soirées de ce régime, j'avais une tête de dépressive. Les yeux me piquaient la journée, je tentais les siestes l'après-midi, heure à laquelle les voisins saoudiens décidaient de se lever en fanfare... Le retour en France s'imposait.
19 août: ma maison en Jordanie, enfin retrouvée!
Ce soir, atterrissage de l'avion AF sur une piste de l'aéroport Queen Alia (celle qui est morte dans un crash). Je suis debout sur mon siège, trépignant à l'idée de rentrer chez moi après un périple à travers la France et une overdose de chlorophylle.
Une bonne douche et une pizza plus tard, nous nous glissons dans nos draps... Quel plaisir de serrer contre soi son oreiller! Minuit sonne... Un affreux bruit de karaoké retentit... Le sol vibre sous nos pieds nus. Nous sommes frappés de stupeur. La première impression surmontée, nous échangeons notre opinion sur la nature de la nuisance:
- Je te dis que c'est un karaoké, Clément!
-Du tout! C'est un chanteur en live... Dans le haut de la rue. Un concert ou quelque chose comme cela.
- Ben non, c'est en face, chez les Saoudiens. Pour sûr!
- Ben on irait pas voir?
19 août: soirée Paris Hilton à deux pas de ma maison en Jordanie
Nous enfilons notre pyjama, parce qu'on dormait presque tout nu, et sortons dans la rue d'apparence si paisible en matinée. Plus on la remonte, plus les grosses voitures se succèdent: Mercedes Compressor, Coupé BMW, Voiture de sport genre Ferrarri mais je n'y connais rien alors ce n'est peut-être pas cela. Des alarmes se déclenchent, les voituriers ne sont pas familiés de ces engins dirait-on. Puis, au détour d'un palmier, nous sommes confrontés à un nouveau choc: il s'agit d'un spectacle son et lumière. Des images caléiodoscopiques sont projetées sur les immeubles voisins. Nous passons tout de même l'entrée de la grosse demeure d'où émane ce brouhaha, sans nous faire arrêter par les molosses qui sont postés là. Pourtant, je viens de réaliser que je suis en robe de nuit (c'est comme cela qu'on dit en belge), les cheveux en bataille, le teint déjà blafard. Clément est un pas plus loin... Il rebrousse chemin. "Ils sont 1000 là-dedans, je te jure!". La maîtresse des lieux arrive. Oui, il y a une fête. Oui cela va durer. De toute façon, ils ont une autorisation. De toute façon, il y a un congé pour les administrations demain... Mais bon, quand même, d'autres bossent et notre fils se lève à 6h30: nous n'allons pas passer la journée au lit quand même!? Mais cet argument fait sourire l'interlocutrice. Il est certain qu'elle dormira tard demain, que sa bonne prendra soin de ses enfants. Nous repartons donc comme nous sommes venus: penauds, après ce coup d'épée dans l'eau.
Il est 1heure du matin à Amman. Je ne dormirai pas cette nuit, la première passée en ce pays depuis un mois.
Maintenant, je vais continuer à surfer sur internet pour trouver une grange dans le Cantal, à retaper intégralement, parce que je veux vivre loin du monde civilisé.





