19 août 2006

Pas de nuit en Jordanie

C'est chose faite: comme Brel (un autre belge célebre... Hum), je suis revenue (mais pas pour Mathilde). Ma foi, l'atterrissage (il y a quelques heures), s'est bien déroulé. L'arrivée à la maison s'est également déroulée sans encombre: pas de panne inopinée pendant notre absence, pas de fuite de gaz, de vol, de dégradation inattendue, un frigo vide mais en parfait état de marche. Plein de bons souvenirs à sortir de nos valises et à savourer. Que du bonheur! En général, l'immersion en terre francophone ne fait que relativiser les petits soucis et grands maux de l'expatriation. "Finalement, il y a des embrouilles partout" se dit-on avec philosophie. Mais parfois... Quand même... On demeure d'indécrottable Français (ou Belge) et puis, nos amis - ceux qu'on a eu le privilège de voir - sont les nécessaires balises de nos "vraies" vies.

Pourquoi on part, pourquoi on revient

Cette fois, en plus, j'avais grand besoin de rentrer voir mes patries (Belgique/France). Cela faisait quelques temps que je n'avais pas revu des gens faire la queue à peu près normalement, des commerçants tirer la tronche parce qu'on regarde avant d'acheter, des journaux de gens célèbres avec des femmes qui montrent leur nénés sur la plage, des journaux qui critiquent des ministres, des filles en mini-jupes, des boucheries avec des morceaux de cochons dedans. Et puis, ici,  les regards des jeunes filles voilées sur ma silhouette de femme enceinte moulée - j'aime pas le style "meringue" - m'oppressaient parfois même si vraiment, mes t-shirt sont d'une totale décence. La lenteur et la nonchalance de la population, que d'habitude j'apprécie, m'agaçait un peu. Le microcosme des fausses-vraies amitiés d'expat' m'amenaient à m'interroger: qui sont mes vrais amis, au final, après quelques petits et gros désenchantements? Mais encore, le sable, la poussière, le vent... J'étais en manque de chlorophylle, de sentiers boueux, de fougère humide et de parfum de lichen après l'orage. Je suis de l'aristocratie de la terre et c'est décidé, j'y reviendrai, à ma maison perdue au fin fond de nulle part où je réparerai mon toit moi-même. Rien que cela.

Bon, aussi, j'avais bien envie d'aller voir les nouvelles collections de prêt-à-porter, de faire un tour ruineux à la fnac et d'en plus, me faire une bonne saucisse pur porc avec un fond de vin (une lichette, comme on dit chez nous, parce que comme je suis enceinte, n'est-ce pas, ce n'est pas très recommandé).

En juin le chien, en juillet le karaoké

Mais surtout, le chien du voisin étant mort ou calmé ou définitivement mutilé des cordes vocales, j'avais espéré avant mon départ un peu de quiétude. Pour ceux qui prendraient le blog en marche, sachez que j'ai eu une histoire pas possible avec un chien, très sonore entre minuit et cinq heure du matin. Après avoir réglé la question de ce malheureux, j'ai définitivement décidé que le calme, c'est vraiment le plus grand des luxes, sans doute avec l'espace, mais pour le silence (entâché de bruits de la nature, bien sûr), sans conteste, je tuerais père et mère. Après le chien, j'ai donc savouré un bon mois de nuits vaguement calmes. Hélas, avec l'été, reviennent les habitants des Émirats, de Dubai, du Koweit et d'ailleurs, que ma nounou appelle les "Vampires", rapport à leur rythme de vie: lever vers midi, coucher à 4 heure du mat'.  Et à partir de 23h, musique à fond sur la terrasse. Les Jordaniens leur emboîtent parfois le pas... Après cela, on comprend pourquoi les expatriés se regroupent : tout est question de biorythme.

L'été jordanien, c'est aussi le retour des fêtes en tous genres. Et toutes les excuses sont bonnes: fiançailles, anniversaire, promotion, nouvelles voiture, retour du frère prodige. Vous allez me rétorquer que chez nous aussi, on a le sens de la fiesta. Oui, mais à quelques différences près. Imaginons que nos voisins de derrière, dont le jardinet donne sur notre terrasse et la chambre de mon fiston, fête le baptême de leur enfant. Voici le déroulement de la partie:

Les invités

Invitons 200 personnes. Il en viendra sans doute 100, et sur les absents, aucun n'aura répondu. De toute façon, même ceux qui viennent ne répondront pas qu'ils viennent. Ici, cela ne choque personne, c'est ainsi.

La date, l'heure

Prenons un jour en semaine. De toute façon, on ne bossera pas, et puis, même si on doit aller bosser vers 11h du matin parce que vraiment on n'a pas le choix, et bien, c'est la bonne qui fera le rangement après la partie. Et puis, comme cela, on aura le week-end pour refaire un méchoui avec la famille. Convions les hôtes vers 22h00. Ils arriveront entre 23h00 et 2h du matin. C'est super! Ici, cela ne choque personne, c'est ainsi.

La musique

Règle ultime, numéro un, obligée: la musique, ça s'écoute à fond la caisse. Et comme la chaîne hi-fi est minable, on louera du matériel adéquat. Des baffles de la mort qui tuent les tympans des voisins dans les 500 mètres à la ronde. Pour les autres, ils auront juste droit aux basses. On festoie, il faut que cela se sache par-delà les montagnes, les déserts et la mer morte. La musique est lancée en général vers minuit... Histoire de laisser le temps - une heure - aux bavardages, car vraiment, après, il ne sera définitivement plus possible de parler à son prochain. La Jordanie est donc une terre parfaite pour l'implantation du commerce d'appareils auditifs...

Nous voilà donc à notre énième fête du mois. Virgile ne peut décemment pas dormir dans sa chambre: le lit vibre au son de la sono. On ferme les volets, puis les fenêtres et enfin, les tentures. La température dans sa pièce grimpe à 40 degrés. Clément travaille le lendemain, il est épuisé. Virgile vient dormir avec nous. Le son est poussé au maximum. On ferme notre fenêtre, le volet, tout ce qui est fermable. La température tourne autour de 36 degrés... Et en France, une canicule fait la une de la presse. Virgile prenant toute la place, je n'y tiens plus, je m'en vais dormir dans sa chambre-disco. Mais, je vibre au son de Shakira.

Clément se relève. Et si on allait leur demander de baisser? Il n'est pas loin de 2h00 du matin... Après tout. Non, ben, non, ici, cela ne se fait pas. Au pire, on va picoler avec les voisins.

Après trois soirées de ce régime, j'avais une tête de dépressive. Les yeux me piquaient la journée, je tentais les siestes l'après-midi, heure à laquelle les voisins saoudiens décidaient de se lever en fanfare... Le retour en France s'imposait.

19 août: ma maison en Jordanie, enfin retrouvée!

Ce soir, atterrissage de l'avion AF sur une piste de l'aéroport Queen Alia (celle qui est morte dans un crash). Je suis debout sur mon siège, trépignant à l'idée de rentrer chez moi après un périple à travers la France et une overdose de chlorophylle.

Une bonne douche et une pizza plus tard, nous nous glissons dans nos draps... Quel plaisir de serrer contre soi son oreiller! Minuit sonne... Un affreux bruit de karaoké retentit... Le sol vibre sous nos pieds nus. Nous sommes frappés de stupeur. La première impression surmontée, nous échangeons notre opinion sur la nature de la nuisance:

- Je te dis que c'est un karaoké, Clément!

-Du tout! C'est un chanteur en live... Dans le haut de la rue. Un concert ou quelque chose comme cela.

- Ben non, c'est en face, chez les Saoudiens. Pour sûr!

- Ben on irait pas voir?

19 août: soirée Paris Hilton à deux pas de ma maison en Jordanie

Nous enfilons notre pyjama, parce qu'on dormait presque tout nu, et sortons dans la rue d'apparence si paisible en matinée. Plus on la remonte, plus les grosses voitures se succèdent: Mercedes Compressor, Coupé BMW, Voiture de sport genre Ferrarri mais je n'y connais rien alors ce n'est peut-être pas cela. Des alarmes se déclenchent, les voituriers ne sont pas familiés de ces engins dirait-on. Puis, au détour d'un palmier, nous sommes confrontés à un nouveau choc: il s'agit d'un spectacle son et lumière. Des images caléiodoscopiques sont projetées sur les immeubles voisins. Nous passons tout de même l'entrée de la grosse demeure d'où émane ce brouhaha, sans nous faire arrêter par les molosses qui sont postés là. Pourtant, je viens de réaliser que je suis en robe de nuit (c'est comme cela qu'on dit en belge), les cheveux en bataille, le teint déjà blafard. Clément est un pas plus loin... Il rebrousse chemin. "Ils sont 1000 là-dedans, je te jure!". La maîtresse des lieux arrive. Oui, il y a une fête. Oui cela va durer. De toute façon, ils ont une autorisation. De toute façon, il y a un congé pour les administrations demain... Mais bon, quand même, d'autres bossent et notre fils se lève à 6h30: nous n'allons pas passer la journée au lit quand même!? Mais cet argument fait sourire l'interlocutrice. Il est certain qu'elle dormira tard demain, que sa bonne prendra soin de ses enfants. Nous repartons donc comme nous sommes venus: penauds, après ce coup d'épée dans l'eau.

Il est 1heure du matin à Amman. Je ne dormirai pas cette nuit, la première passée en ce pays depuis un mois.

Maintenant, je vais continuer à surfer sur internet pour trouver une grange dans le Cantal, à retaper intégralement, parce que je veux vivre loin du monde civilisé.

Posté par marjorie_camus à 23:01 - - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Pas de nuit en Jordanie

    Soirée Paris Hilton, ça respire le bon goût...
    Ben dis donc pas marrant... L'été finit quand chez vous??

    (Très contente de ton retour ici au fait)

    Posté par Fred, 20 août 2006 à 10:51 | | Répondre
  • retour en fanfare (sans jeu de mots par rapport au bruit !
    peut être penser à investir dans de bonnes boules Quies !

    Posté par ktl, 20 août 2006 à 12:26 | | Répondre
  • Yesssssssssss !

    Tu es revenue Marjorie !! Chouette alors !!

    Et pour le bruit, je compatis de tout mon coeur, c'est abominable.

    Posté par Hélène, 22 août 2006 à 17:38 | | Répondre
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