16 février 2006

Luxe et poubelles

A partir de quel moment est-on considéré comme une personne obessionnelle? Qu'est-ce qu'une obsession? Est-ce un combat vain ou une idée fixe. La détermination peut-elle déraper en obsession?

"C'est une obsession ma parole!" C'est suite à cette petite réflexion du soir, de la part de Clément, que je me suis posée ces questions sur la nature humaine en général et féminine en particulier. Sa réflexion faisait suite à une de mes idées de génie, mais il a eut l'air de penser que je me battais encore contre des moulins à vents...

Tout a commencé il y a quelques mois, devant notre maison. Une maison assez belle et spacieuse. Certes, elle a le look d'un bunker, mais sa beauté est intérieure.  Par ailleurs, notre "home sweet home" se situe dans un quartier cossu d'Amman, dit Abdoun, à mi-chemin entre l'Ambassade des Etats-Unis - un immmmmense bunker où travaillent un bon millier d'individus - et la résidence de l'Ambassadeur d'Israël. Nous n'avions pas choisi ce voisinage en fonction de nos convictions politiques, qu'on se rassure, mais ça s'est fait comme ça que la maison, à taille humaine, qui nous plaisait se trouvait là.

Nous avons vite vérifié les avantages de ce choix stratégique: jamais de pannes d'électricité, de l'eau en continu (sauf que le réservoir de stockage est petit, donc, ça revient au même que le rationnement), des rues proprettes, des militaires à chaque coin des rues proprettes. Seule ombre au tableau: la poubelle.

Le concept:  à Amman, des éboueurs armés de balais et de brouettes sillonnent les rues à pied, tout au long de la semaine. Il faut d'ailleurs être bien vigilant de ne pas en choper avec la voiture sur les voies rapides (type périphérique), parce que parfois, ils ne se contentent pas d'y balayer, mais ils y cassent la croûte.

Les éboueurs amassent les poubelles en un seul et même endroit de la rue: d'où la présence de la grosse poubelle à côté de notre maison. Déjà, ça ne me plaisait pas trop. Comme il n'y a pas de nom de rue, on dit aux gens qui ne savent pas où on habite "c'est la maison à côté de la poubelle", ce qui fait assez anachronique dans ce quartier "prout prout" qu'est Abdoun. Ca fait bien, franchement.

Avec la poubelle, il faut compter les chats errants qui s'y amassent. J'adore les chats, sauf que ceux là sont salement amochés: oeil unique, patte toute tordue, pelage galeux. Finalement, j'ai fait mon deuil de cette cohabitation: ça évite les rats. On s'était d'ailleurs entichés d'un chaton qu'on avait apprivoisé, Virgile et moi. Après un week-end à la mer, tous les chats avaient disparus. Après quelques temps, les dératiseurs sont venus sonner à notre porte. Je soupçonne la municipalité d'avoir tué les chats pour donner du travail à des électeurs potentiels...

J'ai tenté à plusieurs reprises de nous débarasser de cette satanée poubelle. Le soir, je sortais avec Maribelle, la nounou, et on poussait la poubelle à l'autre bout de la rue. Après, on pouvait reprendre notre douche tellement on sentait la crasse. Le matin venu, le bac avait retrouvé sa position initiale, à côté de notre voiture.  Complot? Vengeance? Malédiction? Voisins comme nous qui n'en veulent pas? Sans doute un peu de tout cela...

Un jour, il ny a pas si longtemps, la situation vira au drame: la poubelle débordait de partout. Comme cela:

poubelle

Peu de temps après, j'appris que l'Ambassadeur d'Israël avait plié bagage. Et à sa suite, les éboueurs avaient lever, non pas le camp, mais le pied tout du moins. De nouveaux voisins paresseux se mirent de surcroît à lancer les sacs. Leurs tires imprécis créaient une zone de dépotoire agrandie. Depuis, ça me minait et je nourrissais les fantasmes les plus fous sur le sort à réserver aux éboueurs disparus et au moins pareil calvaire pour les voisins fénéants.

fontaine_a_eau_modifi__1Il me fallait une solution...  "Kidnappons la poubelle" m'écriais-je à Clément. On l'attache à la voiture par une corde et zou, on va la planquer à deux kilomètres d'ici. L'idée de promener une benne à ordures était tellement exitante. Clément me fit remarquer que c'est l'endroit qui fait le dépotoire et non la poubelle, que les gens ont pris leurs habitudes et que de toute façon, ils continueront à venir balancer leurs cochonneries devant chez nous. "Et puis surtout, pense un peu à autre chose... C'est une obsession ma parole!".

Alors, de crainte de sombrer dans la folie totale, je me console avec nos petits luxes sympas qu'on ne trouve pas au pays. Par exemple, cette merveille inventée par l'homme, de chez Nestlé sans doute: la fontaine à eau. Chaude à gauche, froide à droite. Sinon, j'ai quand même repensé à un truc depuis hier soir. Je pourrais flanquer une pancarte devant la benne, avec l'inscription "Ceci n'est pas une poubelle". Je pense que ça perturberait suffisamment le voisinage pour avoir un effet disuasif.

Posté par marjorie_camus à 10:09 - - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Luxe et poubelles

    Je crois que je comprend l'histoire de la poubelle... Les odeurs et tout c'est pas terrible. Et puis ici ça m'agace un peu de voir les gens qui ne savent pas trier alors qu'on a de quoi mais c'est un problème de luxe (et de schtroumpf à lunettes)... Rajouter un conteneur de plus c'est pas envisageable?

    Un distributeur à eau comme ça on en avait à mon ancien boulot. Une entreprise très locale (si ça te console que ce ne soit pas Nestlé).

    Posté par Frédérique, 16 février 2006 à 11:26 | | Répondre
  • spécialité locale

    bonjour
    1er commentaire de ma part sur ton site et pas pour un sujet des plus rigolos!
    A Marseille, nous sommes confrontés (à peu de choses près tous les deux ans) à une grève des éboueurs, en général au mois de juin quand i fait bien chaud .... C'est super, ça attire les rats et les cafards et ca fait proportionnellement fuir les touristes!!! bingo!
    Mais avec un enfant, je comprends ton inquiétude
    Bon courage !
    Sandrine

    Posté par marseillaise, 18 février 2006 à 21:13 | | Répondre
  • J'ai vécu devant des bulles à verre pendant 5 ans. C'était des vrais dépotoirs et grâce à ça, j'ai même eu des rats dans les sous-sols.

    En fait, même en Belgique, je trouve que le problème ne vient pas des éboueurs mais des gens qui estiment que cet endroit est une bonne place pour lancer ses crasses.

    Et puis, dans le plat pays, il doit y avoir un concours de cannette le long des routes. Je trouve que l'on peut plus faire 100 mètres sans voir un truc en métal et ça tue tout le paysage.

    Posté par Yuio, 25 février 2006 à 07:41 | | Répondre
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