27 janvier 2006

Chronique d’une journée ordinaire

6h45. Ah, il fait beau, je sors du lit, je saute dans ma douche. Les petits oiseaux chantent. Je chante. Le soleil brille. Vraiment, quelle température pour la saison (quand je pense à tous mes Belges d’amis, avec leur 4 degrés. Héhéhé). Voilà, je sors de ma douche et la moisissure des murs me dégoûte un peu (ça moisi partout ici), mais bon, tout va bien, c’est cool, la vie est belle. Que vais-je mettre ? Ah, j’ai fait les soldes hier et j’ai plein de nouvelles fringues. Je suis comblée, tout est parfait. L’idée de me peser me traverse l’esprit, mais je renonce aussitôt, de crainte de gâcher les débuts prometteurs de cette délicieuse journée.

9h00. Université. On me dit que cinq livres sont arrivés chez la bibliothécaire. J’en avais commandé vingt il y a cinq mois et je ne m’attendais pas à voir le moindre petit titre avant septembre prochain. Quelle excellente journée !

On me rapporte que Nour a une bonne nouvelle pour moi. Houlala, je vais être comblée aujourd’hui ! Peut-être serait-ce LA liste des étudiants inscrits à mes cours, celle-là même que je réclame depuis TROIS mois.

Souvenons-nous. Début janvier, désespérée d’obtenir les dites listes, je décide d’appliquer la technique du laminage : tous les matins, à l’exception des week-end et jours fériés, je réclame ces listes, avec le faux air contrit du bourreau sournois. Je me concentre uniquement sur un des secrétaires : Nour (mais ça n'est pas personnel).

Inlassablement, jour après jour, Nour me répond que ces listes ne sont pas encore disponibles… (avec le sourire en plus)

- Boukra… Inch’Allah  (ndlr : demain, si Dieu le veut).

Et moi, d’ajouter, placide à l’extrême

- Boukra, Inch’Allah bil michmich (ndlr : demain, si Dieu le veut, il y aura des abricots. Expression d’ici, soit "quand les poules auront des dents").

Souvent, Nour a une excuse. Au hit-parade :

- problème informatique ;

- problème au centre de traitement des données de l’université (donc, problème informatique) ;

- problème de téléphone (et donc, impossibilité de joindre les informaticiens) ;

- problème d’inscription (je ne comprends pas toujours les raisons invoquées) ;

- Nour va voir (il se lève et quitte la pièce)

- Ah, Nour n’est pas là aujourd’hui… (mais pourtant sa veste est là...)

9h20. Difficile à croire: Nour agite les listes avec nonchalance.

Je me précipite… Quand, soudain, l’effroi… Les listes sont écrites en Arabe. Je n’y avais pas pensé une seule seconde.

9h30. L’office boy prépare un thé. Il me demande si je prends du sucre – oui - ramasse une cuiller sale dans l’évier sale, la frotte entre ses doigts (sales, sales, sales).

9h35. Je jette mon thé dans les WC hommes. Ceux des femmes sont fermés depuis une semaine. Mazette ! C’est déjà inondé par les ablutions des premières prières. Le bas de mon pantalon est tout trempé.

9h45. Je grimpe les escaliers jusqu'au 3e étage où se trouve l'auditoire. Je n'ai pas reçu la clef pour l'ascenceur, en dépit de mes vingt demandes. D’habitude, ce n’est trop rien, mais aujourd’hui, j’ai une caisse Colruyt de recherches, le rétroprojecteur, mon PC, les feuilles d’examen et mon sac à main. Je transpire à mort. J’ai été sotte aussi d'avoir mis mon nouveau manteau des soldes, fourré et doublé.

10h00. Multiprise en panne. Un étudiant part en courant, revient bredouille. Il n’a même plus la multiprise défectueuse. Je vais voir au rez-de-chaussée parce qu’on m’indique (un homme qui suivait l'étudiant) que quelqu’un en a une. J’ai pris les copies d’examen avec moi car celui qui m'aide à surveiller n'est pas encore là. En fait, on me dit d'aller voir au 2e. Je remonte (toujours pas la clef de l'ascenceur).

10h10. Quand j’arrive, le monsieur n’est  pas dans son bureau. Un autre m’emmène voir une personne qui passe un coup de fil, pour moi, je suppose. Mais en fait, non.

10h40. Je dois aller au 1er. La porte de la réserve est fermée. Le voisin de bureau me dit que le responsable va revenir (Inch'Allah). Comme je me méfie, je préfère retourner voir celui du 2e qui avait l’air plus « méthodique » que les autres.

11h00. Lorsque j’arrive, il m’invite à le suivre au rez-de-chaussée. Retour au bureau de départ. Il discute avec le premier type. L’autre passe un coup de fil. Tout va bien, je vais bien : respiration, on relâche. Ils appellent un troisième type qui me demande de répéter pourquoi je veux une multiprise. Il repart, revient, repart. Les autres s’allument une cigarette.

11h10. Je vole une multiprise dans un bureau inoccupé.

11h15. L’examen peut commencer, non sans un certain retard. Deux étudiantes tentent de m’expliquer qu’elles n’ont pas fait leur recherche car leur PC est tombé en panne. Elles supplient. L’une se met à pleurer.

12h45. Fin de l’examen. Trois filles veulent que je corrige leur copie maintenant-là- tout de suite car elles voudraient obtenir une bourse pour aller étudier aux USA, rêve suprême ("ô s'il vous plaît, on veut nos points"). Elles me poursuivent jusqu’à la voiture.

13h30. Je me fais un Nescafé dans mon bureau. Il y a du brole (ndlr : bazar, en belge) partout car je n’ai toujours qu’un bureau (l’armoire est en commande). Clément m’appelle, concernant mon permis, que je dois repasser.

-  le théorique aussi ? Tu es certain?

- ben ouais, ouais. C’est en anglais de toute façon.

- En anglais ? Mais déjà en Français je ne connais pas le nom des panneaux !

14h00. La photocopieuse est toujours en panne. Je plains le pauvre « copy boy » qui ne glande rien depuis trois jours. Il est toujours assis dans le hall, à la même place. Le bureau de l’imprimante est fermé. Rania a pris son après-midi. Personne d’autre n’a la clef. Je vais tout recopier à la main, tant pis.

14h20. Migraine, migraine, migraine.

14h40. Un homme frappe à la porte du bureau. Il livre la pizza. Rien commandé. Il repart avec le colis.

15h00. Un sourire hypocrite entre avant que j’ai eu le temps de dire ouf.

- Mesa El Kheir… Whallah AZeinaha Blablabla Harshkarazhie Blablabla

- … I don’t speak Arabic. Sorry.

-      Ho, don’t mind. How are you today? Me demande-t'elle en penchant la tête, comme si elle me connaissait depuis toujours.

-     Ben, heu, I am ok…  Thank you...

-   I am working for Direct Company…

-   Direct Company?

-      Don’t worry, I will ask you some questions and…

Mais bon sang mais c'est bien sûr! Un sondage! Je regle l'affaire en 25 secondes.

15h28. “Excuse-me?! Can I pray in your office?”

Une grosse dame, limite frénétique, demande cela tout en cherchant le Nord… Enfin, la direction de La Mecque (elle n'est donc pas une habituée des lieux). Elle semble avoir flairé la direction, enlève ses Scholl, déroule sa carpette et hop... C'est ainsi que je découvre que mon bureau est orienté vers La Mecque.

Sinon, voici encore des photos qui n'ont rien à voir avec le message ci-dessus, mais je voulais quand même montrer un peu de Jérusalem. Je préfère ne pas en parler... Trop complexe et trop polémique. J'ai adoré.

Ici, une vue du souk, avec les Israéliens armés en arrière-fond de la jeunesse arabe, le Mur des Lamentations à l'heure de la prière (impressionnant comme tout), nous (très joli couple et tout), puis deux vues de la ville. Enfin, Virgile pour terminer en beauté.

jerusalem_0501 lamentations  jerusalem_081

    

jerusalem_079  jerusalem_130 virgile

Posté par marjorie_camus à 10:52 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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