14 janvier 2006

En résumé

samedi 14 Janvier 2006

Jérusalem bonifie les âmes

lundi 9 Janvier 2006

VU A AMMAN

samedi 31 Décembre 2005

BONNE ANNEE

jeudi 10 Novembre 2005

Après les bombes

9.11. 2005.

« Trois bombes ont explosé quasi simultanément dans trois hôtels de luxe à Amman, capitale de la Jordanie ».

Voilà à peu près ce que vous avez pu lire hier soir sur la bande déroulante de LCI, CNN et Euronews.

Et ensuite...

Aujourd’hui, le pays est engourdi. Deuil national. Les rues sont désertes, les écoles fermées, de même que les administrations, les ministères, certaines entreprises.  Les commerçants sont esseulés dans leur boutique. Les Jordaniens se sont rapprochés de leur roi, symbole de l’unité du pays. Il est un pilier moral et humain. Les Jordaniens l’affichent : drapeaux au balcon, portrait sur les capots de voiture. Le sentiment patriotique s’affiche, comme après les autres attentats. A proximité des hôtels, des jeunes se sont réunis spontanément pour manifester. Je m’arrête pour les photographier. Ils m’interpellent : « l’Islam n’est pas comme cela », « notre prophète n’est pas le leur ». Ils me demandent de le dire en France. Alors, voilà, je vous le dis.

Le 2e cercle avant la manifestation. En general, il est rempli de voitures.

La plupart des voitures arborent un drapeau ou la photo du Roi Abdallah.

Une jeune Jordanienne, venue dire sa peine.

Tout le monde, de 10 a 60 ans, a son petit drapeau.

Le Hyatt. Nous y avons séjourné pendant plus d’un mois à notre arrivée. Virgile et moi y allions encore pour nager. Impossible de joindre Florencia, une des jeunes Philippines qui travaillent au Delhi Café, au sous-sol. Nous avons sympathisé et depuis, elle continue d’offrir des biscuits à Virgile. J’ai appris hier soir que deux des trois employées du Delhi avaient été appelées en renfort au lobby, là ou a explosé la bombe humaine. Elles n’en sont pas ressorties.

samedi 22 Octobre 2005

Jordanie: clichés et autres idées vécues

Je reprends du service. C'est que je n’ai "malheureusement" plus de longues plages solitaires comme durant les deux premiers mois de mon arrivée. Mais vous y gagnez au change: que de photos!

Voici un florilège de petites phrases entendues à Amman, suivies de mes commentaires :

Les Belges sont des gens formidables !

Ma préférée du mois. C'est vrai: beaucoup de Belges sont formidables. Cet état de fait est reconnu à l’unanimité par la communauté francophone mais aussi par les Palestiniens, soit 60% de la population jordanienne. La Belgique fut le premier pays à envoyer des secours à la Palestine après la guerre de 1948. Les tentes et chaussures de l’armée étaient de fabrication belge. On disait alors du combattant palestinien « voilà un Belge ! ». Résultat : nous sommes frères. A part cela, la sélection de Belges à Amman est digne d'un grand cru classé. Et je ne dis pas cela parce qu’ils me lisent…

Je mangerais bien des moules… Ou du boudin blanc, tiens…

Fantasme de Belge en Jordanie. Denrée introuvable ici. De même que le chocolat de qualité ... Nous en usons avec parcimonie.

Le Ramadan, c’est aussi pour être plus proche du pauvre.

Ah bon? Peut-être, mais jusqu'au couché du soleil seulement. Pendant Ramadan, personne ne mange ni ne boit. Pas de cigarette, pas même une goutte d’eau. Pas de sexe non plus, mais dès que l'astre se couche, on peut faire la zoubida.

Fumer au volant (ce qui, en Jordanie, est plus probable que de faire l’amour au volant, même pour un non fumeur), peut entraîner une arrestation ou une amende de la police.

Je m’emmerde ici, je n’aime pas les Jordaniens, c’est moche, c'est nul.

Quelques dames, Françaises et autres, ne parviennent pas à s’adapter. J'aurais pu être de celles-là, mais finalement, je m'en sors plutôt mieux. En réalité, j'en connais qu'il serait bon de remettre en liberté. Le quotidien leur est insupportable et le Prozac n’y changera plus rien. Je ne suis donc pas la référence et ma bonne humeur doit aussi être liée à Saturne qui dans l'axe de Jupiter.

Thank you so much for fasting!

Rassurons-nous. Même si l'obseravtion du jeûne en public durant Ramadan est surveillé par la police, une tolérance nouvelle se fait sentir depuis quelques années à l’égard des Chrétiens. Il y a sept ans, l'ami de mon menuisier a passé une semaine en prison, pour s'être affiché - dans sa voiture - avec une cigarette.

Cela dit, malgré quelques touristes pas fort respectueux ou ignorants qui osent se balader en rue avec leur tartine, personne ne se montre ostensiblement avec de la nourriture, même à dix heure du matin sur une route secondaire. On peut dire qu'on n'observe pas le jeûne, mais on ne le montre pas.

Si l’idée de ne rien ingurgiter avant la nuit pour être proche du pauvre ne me convaincra pas cette année, c’est surtout de voir ce qui est posé sur nos tables au moment du couché de soleil qui me dissuade du bien fondé de cette affirmation. La nourriture d'Iftar (repas de rupture du jeûne), abondante, riche, délicate, sucrée, savoureuse et j'en passe, est forcément prise d’assaut en quelques minutes. Moi-même, je me suis surprise à avaler goulument la mâchoir d'un mouton que me déchiquetait une grosse dame de ses non moins gros doigts graisseux (la mâchoir fait partie des morceaux de choix qu'on réserve aux invités).

Je tente de respecter l’engagement des Musulmans, les journées où je suis à l’université. Mes collègues sont ravis et me félicitent. ... Et pour tout vous dire, je me suis bien enfermée une fois pour manger en cachette dans mon bureau, le plaisir n’y était pas.  A part cela, les gens sont épuisés, plus nerveux et tout est fermé à 14h00.

En Jordanie...

Il n’y a pas

-         de chien

-         de graffitis

-         de ferme de porc (et donc de boudin)

-         de moto

-         de crottes de chien

-         de commerçants antipathiques

-         de tampons hygiéniques (enfin, parfois, il y en a, mais il faut surveiller le rayon)

-         de Polonais

-         de VW Lupo bleu électrique

-         de gaz naturel

-         de châssis de qualité

-         d’embouteillage (un peu quand même)

-         de gens méchants au volant

-         de gens qui font la gueule sans raison et qui ne vous disent pas bonjour (le soleil a des bienfaits incroyables !)

-         beaucoup de piscines

-         de salles de sport mixtes (sauf au Club Orthodoxe)

Mais il y a

- des pâtisseries pleines de miel

- des voitures américaines

- des Japonais (qui contribuent à la restauration des musées)

-        des Philippines et des Sri Lankaises (qui sont les Turcs des Belges)

-       des Egyptiens (qui sont les Polonais des Belges)

-         des messieurs avec des trous dans la tête (d’avoir trop prié)

-        une librairie francophone (depuis peu)

-        une crêperie bretonne (depuis peu, couplée avec la librairie)

-        des gens qui emballent vos courses et les portent à votre voiture 

-        des services secrets fort efficaces

-         des oreilles aux murs et des fenêtres avec des yeux

De l'eau dans le gaz

Pour vérifier que vous lisez bien mes pages jusqu’au bout (car seuls ceux qui le font prendront de mes nouvelles), je vous raconte brièvement l’explosion de gaz que nous avons eu dans la cuisine. Le gaz du four était allumé (par moi), mais la flamme s'est éteinte. Notre house keeper, en ouvrant le dit objet, a pris une explosion en pleine figure. Elle est très choquée mais pas blessée. Quelques portes et tiroirs de la cuisine ont été ébranlés et un peu arrachés.

J'ai ainsi découvert que les urgences téléphoniques ne parlent que l’arabe et rien que l'arabe, que les bombonnes de gaz et les installations ne font l'objet d'aucun contrôle et qu'en cas de pépin, je peux appeler le menuisier. Au cours de secourisme donné par une Belge, on vous apprend que le plus sûr moyen de sauver quelqu'un, c'est de le traîner à sa voiture et d'oublier l'ambulance.

Bref, je me suis trouvée fort dépourvue au moment d’appeler des secours. Evidemment, Clément était en voyage, comme chaque fois qu’une tuile nous tombe dessus... ME tombe dessus. Personne ne semblait concerné, même pas les voisins, malgré la forte détonation (les cadres sont quand même tombés!).

Deux jours après, on tente de se relaxer. Il est minuit et je me suis relevée car une odeur me titillait les narines. Je crois que je suis un peu traumatisée aussi. Mais j'ai quand même coupé l'arrivée des bombonnes et ouvert toutes les fenêtres, malgré le froid.

Ci-dessous, quelques photos de nos dernières virées en Jordanie.

Virgile à la Mer Morte

Le village-oasis de Mukhaibeh, à proximité du lac de Tiberia, au Nord de la Jordanie.

Mamdouh, dit 'le Duc' (mais c'est un Duc en toc), et moi, dans sa propriété de Mukhaibeh. Le bain de boue est suivi d'un rincage à l'eau de source (37 degrés toute l'année), puis d'un massage par un employé du Duc (parfois avec la main un peu aventureuse).

Au fond, le bassin d'eau chaude aménagé par Mamdouh

Fred, Clément et Eric se baignent dans la Mer Morte. Difficile de ne pas flotter, même dans 1 tout petit mètre d'eau.

mercredi 31 Aout 2005

Du rififi dans la famille de la mariée

Dis-moi, Céline…

Derrière son bureau, elle s’agite et demande qu’on l’aide. Elle hausse le ton. Elle doit envoyer un email, ça ne marche plus, c’est la panique. C’est urgent ! Elle a bientôt 31 ans, est plutôt jolie... Selon les canons en vigueur en Jordanie. Vous la trouveriez sans doute moche. Elle ne porte pas le voile, s’habille de façon moderne, est soucieuse de sa personne. Elle a même posé un miroir à côté de son bureau. Et il faut voir qu’elle a le sac à main toujours assorti aux chaussures. L’assistante de la Princesse Wijdan, à la Faculté d’Arts et Design, Université de Jordanie, ne laisse rien au hasard.

- Je vais me marier, me dit-elle un beau matin de juin. Je félicite. Elle me remercie mollement. Elle incisite.

- Je vais me marier, mais je ne sais pas si j’aime mon fiancé.

C’est embêtant ça. Mais pourquoi c’est à moi qu’elle a choisi de dire cela ? Si elle connaissait ma vie sentimentale, elle prendrait ses jambes à son coup... Toujours est-il que je m’intéresse avec distance, tout en me promettant de ne pas faire d’ingérence. Je sors des phrases bateau. Tout va bien au pays du "politically correct".

-   Tu doutes ? C’est sans doute normal avant le mariage.

-   Tu ne doutais pas avant ton mariage ?

- Mon mariage? Mais enfin je ne... Aaaahh, celui-là? Tu veux dire, le jour où j'ai été à la mairie pour me marier?

Amnésique, je me rappelle soudainement que je suis aussi mariée. Ici, on n’imagine même pas qu’une fille puisse voir le loup avant de passer devant les instances religieuses. J’ai bien tenté d’expliquer que j’étais cohabitante légale, ça n’a rien donné de convainquant. Le monsieur à qui je l'ai dit à cru lire 'Open' sur mon front. Mais occupons-nous du cas 'Joumana', qui continue sa quête de la compassion.

- Misère (en anglais, je ne dis pas « misery »)! Bien sûr que je doute. Et tout le temps. Même avec un mariage, tu doutes (je dis n’importe quoi, mais avec grande assurance).

- Mais moi, j’en suis certaine que je ne l’aime pas vraiment. Je l’aime un peu, enfin, parfois.

- Pourquoi l’épouser si tu n’es pas certaine de toi ?

Cette conversation, bien que je vous la rapporte, me paraîssait déjà inutile au moment où je la tenais. Permettez-moi dès lors une infidélité au texte. Rayons  ce passage om nous nous répetons l'une l'autre, pour en venir d’emblée au pourquoi du comment.

Toute ma vie, j'ai rêvé d'être une hôtesse de l'air

Les jours passent et Joumana ne me lâche pas. Veuillez noter que c'est ici que nos dialogues ressemble à un 'Eternel retour à l'Identique': « je ne l’aime pas », « pourquoi tu te maries alors ? », et ainsi de suite.

Mais soudain, par un beau matin ensoleillé, Joumana apporte des précisions cruciales pour la suite de l’enquête: « quand je le vois, je l’aime, mais quand il n’est pas là, je ne l’aime pas ». Aaah, mais ça change tout ça!

Et moi, quand j’avais 8 ans, je voulais faire avocate. A 10 ans, je voulais devenir psychologue. Puis, je ne sais pas ce qui s’est passé avec mon moi freudien, mais à 12 ans, je voulais faire hôtesse de l’air et vivre avec ma meilleure copine en élevant des fox terriers et des boas. Les serpents, c'était plutôt le truc de ma copine. A 13 ans, j’ai pris l’avion pour la première fois, et je me suis rendue compte que je n’aimais pas tellement m'assoir sur des strapontins. J’aurais bien pu faire « hôtesse de l’air au sol » (check in), mais finalement, j’ai été frappée par une vocation – l’Histoire de l’art – et je suis devenue fonctionnaire. Pour un historien de l’art, la fonction publique est un  aboutissement fort enviable. Bref, je digresse, mais cela vise à mettre en exergue la préoccupation constante que j'éprouve pour autrui. Sensible parmi les sensibles, je me dis en mon fort intérieur: « Joumana… Pauvre Joumana. Que vais-je faire de toi ? »

Zorro est arrivé, sans s’presser…

- Toi, tu n’es pas d’ici, me dit-elle. Je peux te le raconter. J’aime quelqu’un. Depuis toujours. Il le sait. Il m’aime aussi. On se voit parfois. Mais ce n’est pas lui que je vais épouser.

Au nom de l’amour, je décide d’être pour elle l’oreille attentive qui ne répétera rien à personne, à l’exception d’une bonne vingtaine d'expatriés et d’au moins une trentaine d'amis en Europe. Par ailleurs, je fais fis de ma promesse de non ingérence.

- Mais enfin, pourquoi fais-tu cela ? Lui dis-je offusquée. Tu as un boulot, tu es autonome. Tu n’as pas besoin de te marier !

Je suis implacable. Elle est intraitable. On n’avance de nouveau plus, mais évitons une seconde infidélité au texte.

- Celui que j’aime ne pourra jamais rapporter assez d’argent à la maison, me dit-elle. Mes parents ne seraient pas d’accord qu'on se marie ensemble. Ce ne serait pas bien pour moi. Et mes parents veulent que j’épouse Faizal. Il vit en Arabie Saoudite. Il a un bon travail…. La nuit, à l’aéroport.

D'un mouvement rapide, elle plaque sa main sous mon nez:

- Regarde, il m’a offert une bague. Ca veut dire qu’il m’aime. Je pense que je l’aime aussi… Mais quand il n’est pas là, je pense à l’autre. Celui que j’aime vraiment.

Le souffle me manque, la parole avec… Ou est la caméra ? On me teste ? Je suis certaine qu’il y a une caméra. Ou alors, j’ai trouvé ma Cosette, ma « jamais sans ma fille », ma cause à défendre. Je me sens investie d’une mission ! Je vais l’aider, lui faire passer les frontières, distribuer les pétitions ! Aux armes contre l’oppression de la femme !. On va faire un standing devant l’ambassade ! On va contacter la RTBF (et la BRT) ! Je vais écrire aux Rois ! Je vais écrire à Rania et Mathilde ! Je vais ouvrir un foyer pour femmes en détresse et je leur consacrerai ma vie !

Par où commencer? D’abord, je vais faire un don à un foyer pour femme en détresse ! Et puis, je vais attendre un peu avant de lancer ma pétition... On ne sait jamais. Et la RTBF, on en reparlera aussi, parce que les causes perdues, ça ne fait pas vivre son journaliste.

D'abord, je vais essayer de raisonner Joumana.

- Tu as l’occasion de passer ta vie avec l’homme que tu aimes et tu préfères satisfaire tes parents ? Mais Joumana, voyons, tu as fait des études. Tu gagnes ta vie. Tu a 30 ans, tu peux quand même faire ce qui te plait. Mazette !

- Tu as raison! Que dois-je faire alors ? Dis-moi! J'écoute!

Elle est suspendue à mes lèvres et ça tombe bien car j’ai une formidable solution à lui proposer. Enfin, presque… Je réfléchis vite, pour la trouver. Courage, fuyons!

- Joumana, la réponse est en toi. En attendant, je dois filer, j’ai cours là. Mais on en reparle !

Bonjour ma cousine, boujour mon cousin germain

Deux jours plus tard. Même lieu, même heure.

Joumana attend avec la force du désespoir et boit mes paroles. Je lui offre un thé. Ca y est, illumination ! Je suis fan-ta-stique. J’ai sa réponse !

- Joumana, tu vas en parler à ta mère. C’est une femme. Elle te comprendra.

Interloquée, Joumana scrute mon regard, en se demandant si je me fous un peu ou complètement d'elle. Mes paroles ont brisé le mythe de la "femme européenne".

- Impossible, me dit-elle après un bref arrêt sur image. C’est le fils de sa sœur que j’épouse. Ma mère y tient. Elles étaient un peu brouillées. C’est important pour ma famille.

- Attends… Tu épouses ton cousin germain ?... Tu sais que ce n’est pas très bon ça ?

- Mais enfin, Margorie (depuis le début, elle a des difficultés à prononcer mon nom), ce n’est pas grave puisqu’on ne se connaît pas. Je viens de te dire que ma mère était brouillée avec sa famille. Tu écoutes ou quoi ?

- Non, mais attends, ce n’est pas bien parce que… Heu… C’est génétique… C'est médical...

- Mais Marguarite, qu’est-ce que tu racontes ? Il est en bonne santé! Avec quoi tu viens?

- Tu as raison. Laisse tomber ta mère, la bio… Ce n'est pas le point... Eh bien, sauve-toi avec ton amoureux alors ! Oui, voilà, sauve-toi en Egypte (ndlr : tiens, La Fuite en Egypte, c’est un livre qui devrait marcher) ! Tu te fous de ton cousin! Qu'on lui trouve quelqu'un d'autre!

Joumana me regarde maintenant avec suspicion. Serais-je une tentatrice occidentale venue pour la pervertir ? Mais sur le moment, emballée par le combat, j’encourage encore la « sufragette » attitude :

- Tu es LIBRE Joumana! Personne ne doit décider à ta place. Et puis, tu sais, si tu n’es pas honnête avec ton partenaire, c’est un manque de respect et il faut arrêter cette relation. Tu vas passer 30 ans avec lui, voire 60. Et puis, devant Allah, c'est pas top non plus (là, je sors l'artillerie lourde)...

Joumana boit une gorgée de thé. Elle me dit que son futur mari est très bien, qu’il ne la divorcera jamais parce qu'ils s'aiment. Elle détourne le regard, avec une puissante indifférence teintée de mépris. Je me sens misérable. C’était archi nul comme conseil. Je n’y connais rien à cette culture. Et puis, je n'ai jamais voulu être conseillère conjugale. Marre à la fin. Joumana s’en va sans piper mot.

Paris ouverts : 100 contre 1 que cet été, on ira marier Joumana.

Les portes du pénitencier, bientôt...

Le mariage se déroule en pleine semaine, juste un soir. Tout le monde – y compris les mamans des copines qui ne peuvent pas sortir seules - est convié à un grand repas dans un hôtel ni beau ni moche. Joumana a engagé une danseuse orientale pour agrémenter la soirée. Par un semi concours de circonstance, c’est une amie, Luna, qui assure le spectacle (www.luna-orientaldance.com).

Retour à l’hôtel Days’Inn. Salle immense. Lumière impersonnelle. Les femmes se sont regroupées entre elles. Elles sont voilées, pour la plupart. Misère. Ma jupe est trop courte. Quelle idée aussi de mettre une jupe noire qui m’arrive au-dessus du genou. Je suis habillée pour un mariage occidental, pas pour un mariage traditionnel jordanien. Ratage. J’aperçois des collègues. Je traîne Clément. Le malheureux, je pressens que je l’ai embarqué dans un guet à pan. La musique bat son plein. Peut-être que l’ambiance va se réchauffer.

Dans les bals populaires...

Sur écran géant, on projette des photos des époux. Le mari avec ses cousins. Joumana en petite danseuse. Le mari avec son frère. Joumana devant son ordinateur. Le mari tout seul. Joumana avec sa collègue préférée. Le mari avec sa mère. Comme les mariés n’ont visiblement pas eu l’occasion de se faire photographier ensemble, des montages ont été réalisés. Parfois, la tête de Joumana est deux fois plus grosse que celle de Faizal. Les couleurs sont criardes.

Commence alors une longue attente. On se repasse le diaporama des mariés. Il y a distribution de Tang à l’orange. N'allez pas croire que je n'ai pas encore trouvé les soirées AA (Avec Alcool) a Amman, mais elles sont - en général - plus communes que les soirées SAD (Sans Alcool Donc).

J'aurais dû prendre mon appareil photo, qui va me croire. Les gens n’ont pas l’air de se connaître. Sauf les enfants, qui courent partout affublés de costumes trop grands ou mal assortis, d'une coupe parfois assez années '70. Nous, c’est certain, on ne connaît personne. La princesse devait venir, mais évidemment, elle s’est décommandée. Sur les tables, il y a du pain sous cellophane, des serviettes en papier blanc et des cendriers déjà remplis. Tout le monde clope. Des bébés passent de bras en bras. La musique me filerait presque un mal de crâne.

Mais soudain, voilà, ça y est, c’est parti pour le show. Le volume musical augmente. Les spots s’agitent. On aperçoit les époux sur l’écran géant. Ils montent les marches, comme pour le festival.

Salma ya salama

Et puis, Luna apparaît, métamorphosée. La tradition réclame une petite procession devant les mariés, avec le Chabadan. Pour faire simple, le Chabadan est une sorte de lustre à bougies posé sur la tête de la danseuse ; elle est chargée de précéder les époux en agitant des sortes de castagnettes, qui ne s’appellent pas comme castagnettes. Luna ondule élégamment du croupion. Les mariés sont conduits jusqu’à l’estrade, au centre de la salle. C’est là qu’ils vont passé leur soirée, assis face à l’assemblée, sur un tout petit sofa où ils parviendront à s’installer sans se toucher.

La danse, c’est sublime. Luna fait des tas de trucs terribles, avec ses mains et ses cheveux, avec ses petites castagnettes et avec un voile. Et puis aussi avec les autres parties de son corps, mais je ne peux pas décrire sans trahir. Elle a son public : cent hommes la prennent en photo avec leur mobile. C’est le hobby national jordanien. Le caméraman a oublié qu’il était là pour les mariés et préfère se concentrer sur la généreuse poitrine de Luna.

Retour sur l’estrade. Joumana écrase une larme. Le marié, dans son coin, n’a pas l’air plus emballé que ça. Je vais les féliciter, à la suite d’autres invités. Elle a une mine suppliante. Je lui demande si ça va, comme on le demanderait à quelqu’un qui vient de se faire renverser par une mobylette. Elle me répond « it’s ok… it’s ok» ; en language féminin, il faut comprendre « ça ne va pas du tout du tout ». J’ignore le SOS. Elle n’avait qu’à se sauver en Egypte. Je ne peux quand même pas la prendre sur mon dos et partir en courant, d’autant que je n’ai pas de cheval blanc garé dehors.

Dis-moi, Céline ... (instrumental)

Mon collègue dit à Clément : « de toute façon, il était temps qu’elle se marie. Un an de plus, il était trop tard ». A 31 ans, une femme est donc périmée ! C’est la goutte d’eau. Je vais vomir, mais comme on a toujours rien mangé, il n’y a pas de risque. Ca tombe bien : Luna, sortie de sa loge, m’envoie un message. Nous nous éclipsons pour la rejoindre. On ne dînera pas ce soir. Pas ici en tout cas. Il est presque minuit. Demain, Joumana partira en voyage de noce, à Chypres. Ca commence mal. Ensuite, elle ira s’installer en Arabie Saoudite, où elle passera ses journées à regarder la télévision américaine par satellite.

La morale de cette histoire

Aaah, vilains que vous êtes! Je vous entends déjà…. Mais détrompez-vous ! Ce genre de mariage « arrangé » n’est pas le propre des familles musulmanes. Des amis nous ont dit que les chrétiens procèdent pareillement avec leurs enfants. Et puis, le mariage d'amour existe sans doute, même si je n'ai pas encore rencontré ceux qui me le conteront.

Un collègue de Clément s’est marié avec une cousine éloignée. Il lui a dit que le jour de son mariage, il ne la connaissait pas, avant de conclure de la sorte : « et finalement, on a fait connaissance. Et ma foi, elle est assez sympa ».

mardi 19 Avril 2005

Le destin a encore frappé

C’est arrivé très simplement. Mais par surprise. Je suis partie de bon matin pour m'inscrire à l'université. Je me disais « autant étudier » que de ne rien faire. De bureaux en bureaux, de portes en portes, avec un côté administration russe après un octobre rouge, on m'a emmenée chez les profs de la faculté d'art. J'approchais du but. L'un d'eux m’a demandé « vous ne voulez pas nous faire un exposé sur l'art pariétal cet après-midi? ». Non, non, je ne voulais pas trop. Je n'y connais plus rien à l'art des grottes, et encore, est-ce avec un cours de 30 heures qu'on connait l'art préhistorique, assez pour en parler à une classe de jeunes étudiants? On m'a demandé mon CV, mon certificat de bonne vie et moeurs, mes diplômes, mes côtes (même des humanités). J'ai collaboré, sans trop savoir ce qui m'attendait. Deux jours plus tard, la Princesse Wijdan (ndlr: belle-soeur du roi défunt, pour les amateurs de l'émission Saga), doyenne de la faculté, m'a lancé entre deux portes « vous ne faites rien dimanche? Bien, vous commencez à travailler comme professeur-assistante. Merci de servir la Jordanie ».

Sur le moment, je n'ai même pas osé penser que ça pouvait se refuser. Et puis, finalement, je suis très contente et j'aurais accepté même si la demande avait été moins assertive. Je donne cours d’histoire de l’art a des étudiants de 18 à 20 ans.

Chronique d'une mort annoncée

Je n’en ai pas l’air comme ça, mais ça a changé pas mal de petites choses dans ma vie. D'abord, une déconvenue, pas très grave, mais je n'ai pas encore tiré la morale de l'histoire... Peut-être que l'amitié entre femmes d'expat n'est qu'une chimère, mais que si par hasard on en tisse une, elle est solide de chez solide. Je dis cela, mais c'est surtout parce que l'espoir fait vivre.

Donc, j'en étais à la trahison. Certaines personnes (une en particulier) n'ont pas supporté mon changement de statut, et quelques autres choix de vie. La dite-personne en particulier a commencé à revendiquer avec véhémence qu'« une femme d’expat qui bosse, elle vole le travail d’un Jordanien »... Et d'ajouter "quand on sait qu'il y a 40% de chômage...". Je me suis décidée, après mûre réflexion et quelques autres essais ratés de métacommunication, à mettre un terme définitif, irrévocable et à regret, à l'agonie de notre relation. Finalement, je me rapproche d'autres gens et puis, on verra. J'avais une copine dont le père disait "Ainsi va la vie tristement suivant son chemin...". Revenons à quelque chose de moins anecdotique: le campus.

Le campus, immense, est boisé - ce qui est rare ici - et paisible. Totalement idéal pour "24 heures à vélo", un festival de la chanson estudiantine en plein air... Mais bon, soit, passons... C'est propre, c'est immaculé. Les murs sont clairs, pas peints, pas tagés. Pas un papier, pas un gobelet, pas une bière, pas un étudiant chevelu, pas de marxistes-leninistes, pas de bleus (bizutés)... Tout est nickel. C'est vraiment fort calme, limite sanatorium.

Et puis, il y a l'exception, le petit chaos autorisé à la fac d''Art and Design'. Il y a les musiciens, les peintres, l’odeur de la térébenthine et les feuilles gribouillées qui traînent partout. Ce n'est pas Montmartre en 1910, mais dans cette fac, on y respire plus librement qu'ailleurs. Il y a aussi les office boys qui nous font le thé le matin (j'adore ces petits métiers qui nous changent la vie), les projections de films sur l'art (souvent des années '70). Ca grouille de personnalités étonnantes, des fous gentils, comme le Dr Mazen, avec qui je travaille...

Un Docteur nommé Mazen

Ventre proéminent, longs poils fillasses perdus sur le crâne, avec forte concentration dans la nuque. Derrière de grosses lunettes, un regard perçant et malin. Le Dr Mazen vous scrute, mais ne voit de toute façon rien, et oublie souvent tout, car il est dans une dimension parallèle. Jamais de cravate, mais une écharpe rouge élimée. Dans son costume tout crotté, il y a toujours un shawarma qui traîne (sorte de sandwich chaud). Le Dr Mazen garde toujours la cigarette au bec et le téléphone allumé. Parfois, en plein cours, il s’engueule avec sa femme qui, elle-même s’engueule avec la bonne. C’est le chaos oriental…

Fear Factor

Dans son bureau, il y a eu une guerre, au bas mot. Pour le coup, le chaos oriental s’allie à la pagaille italienne. Parmi les livres, il y a un réchaud et deux tasses vraiment  affreusement sales, un paquet de thé et un pot de sucre rempli de fourmis. Et quand on ferme les yeux très très fort en pensant à autre chose, on arrive sans soucis à boire du thé aux fourmis.

CaliforniAmman

Sur le campus, les filles ne sortent pas leurs jupes courtes quand arrivent les beaux jours. Peut-être que si, elles portent des jupes, mais sous les manteaux alors. Les filles ne se vautrent pas dans l’herbe en sirotant un coca. Les filles restent souvent entre filles. Les filles sont sages comme des images en attendant le mariage. Sur le campus, les filles sont voilées à 90 %. Phénomène nouveau. Dans la fac ‘Art and Design’, la proportion est moindre. Certaines demoiselles sont même terriblement américanisées. Ce n’est pas Britney Spears, mais bon, on s’en rapproche dangereusement. Le drame de ce pays, c’est de confondre ouverture au monde et ouverture à l’Amérique. Il n’y a pas de mondialisation, rien que de l’américanisation. Et je n’ai jamais mangé autant de « panecakes » et autres « donuts » de toute ma vie.

Noir, c’est noir…

Les jeunes des pays voisins viennent volontiers étudier à la University of Jordan. Tout le monde ne peut pas aller étudier aux USA, même si c’est le rêve commun ) toute une génération. Parmi ces étrangers, arrivent des filles d’Arabie Saoudite, qui pour une raison obscure, étudient. Je dis « raison obscure » car il est clair qu’une fois leur diplôme en poche, ces femmes ne sortiront plus de leur maison, ou plutôt de celles de leur mari. Ces musulmanes wahabittes sont couvertes de la tête au pied (pas l’ombre d’un regard, d’un doigt, d’une semelle).

Certaines témoignent d’une excentricité sans borne... Sous le voile, on aperçoit deux pieds. Les baskets, c'est ce qui fait le plus anachronique. Peut-être que ce n'est pas fait exprès, que le lave-linge a fait des ravages... Peu importe, mais si elles étaient dans leur pays, ça ne fait pas un pli qu’on les lapiderait.

Vous vous doutez bien qu’elles ne s’instruiraient pour riiiiieeeen au monde dans la fac ‘Art and Design’ (on y montre des tableaux avec des gens tout nus). Et ça tombe bien, car je serais incapable de donner cours à ces personnes, non par idéologie, mais simplement parce que je ne pourrais pas parler à des lampadaires. J'avoue que ça dépasse mon entendement, mais je veux bien qu'on m'explique encore. Les pauvres filles! Vous y avez pensé? Outre qu'elles ne se déplacent qu’isolément, elles ne parlent pas (enfin, je ne me suis jamais hasardée à les aborder), ne profitent pas du soleil, et ne mangent pas en public. J'imagine que quand elles craquent vraiment, elles doivent se boire un truc à la paille, et encore, pas de jus d’orange car la pulpe serait irrémédiablement filtrée, ce qui ferait pas trop chic. Si un Dieu avait voulu qu'on soit cachées comme ça, pourquoi se serait-il donné tant de mal à faire les détails?

Et puis parfois, je me pose des questions toutes pratiques : comment font-elles pour se moucher, ne se grattent-elles jamais le nez (ndlr: je vous entends déjà me dire que vous ne vous grattez jamais le nez), est-ce que le port du voile accentue les problèmes d’acné, sourient-elles encore ou considèrent-elles que ce n’est plus la peine ?

La majeure partie des filles est tout de même plus modérée. Rania, une copine, est une musulmane fervente, mais ça ne l'empêche pas d'être ouverte, curieuse et respectueuse des opinions divergeantes des siennes. La voici lors de sa remise de diplôme l'année dernière. Et en-dessous avec sa maman. Elle travaille maintenant comme traductrice à l'université. Elle me fait découvrir un autre aspect de la Jordanie. Et j'aimerais bien lui faire découvrir l'Europe, car elle ne connait que le Koweit, hormis son pays. Et puis un jour, j'aimerais bien voir ses cheveux.

Pour tout vous dire…

Le cours d’histoire de l’art n’existe que depuis trois ans. Mais il y avait quand même une ou deux classes à tendance artistique auparavant. Sauf qu’on coupait les statues antiques masculines à hauteur du buste, les parties génitales et autres attributs sexuels étant censurés. La Vénus de Milo n’en est pas encore remise. Ainsi, le Dr Mazen, revenu d’Italie pour enseigner, avait refusé de présenter la version « courte » du « David » de Michel Angelo. Il avait été poussé à la démission et s’en était retourné chez les Romains…

Sinon, bien planqué dans son jardin d’enfants, j’en connais au moins un que la culture n’impressionne pas…

Et pour terminer, voici comme promis deux exemples de maisons très baroques à Amman.

Evian-les-bains

dimanche 20 Février 2005

Soirée déguisée

Le piège se referme

Vendredi. Soirée déguisée. J’enfile ma tenue de pirate, avec crochet et oeillère, et je découvre qu’au pays des expats, les borgnes ont des problèmes d’équilibre...

Clément est en cheik arabe. Trajet groupé avec ses collègues, très motivés par l'affaire: Maria et Nicolas en sorcière et diable, Sandie en bohémienne, Jean-Michel en mafieux.

On arrive au Royal Automobile Club, avec une heure de retard. A notre vue, le portier pouffe de rire.

- « quoi ? les autres ne sont pas déguisés ? »

- « Well … Of course... ils sont tous déguisés ».

… On va se sentir cons dans pas bien longtemps, je vous le dis.

De fait, on entre dans la salle et c'est le grand moment de solitude, la traversée du désert, la punition injuste. Nous traversons la salle jusqu'à une table vide, loin, loin, loin devant nous. Personne ne sourit. Ce doit être interdit par le règlement. Tout le monde nous toise. Le thème devait être "chrysanthème et mouchoir blanc". On s'installe. Il y a une épaisse moquette au sol et je ne me doute pas qu'un jour, peut-être, je danserai sur cette même moquette. Nous voilà dans un piano bar à 4 heures du mat’, avec pianiste dépressif sur clavier Bontempi. On a dû se tromper, ici c’est la soirée anti-Prozac ! Le DJ met ‘tombe la neige’. Il nous déteste, c'est clair.

Il y a bientôt au moins 30% de gens déguisés, les seuls sur la piste. Le ridicule est moins pénible quand on s'agite, ou alors, nous sommes vraiment les seuls marrants de la partie. Les serveurs éteignent et rallument les lampes, sans doute parce qu'il n'y a pas de spots. J'aurais dû m'en douter, les autres personnes sympas que j'avais croisée m'avaient prévenues qu'elles ne viendraient pas. Les réunions de groupes me plaisent de moins en moins... Je me sens agoraphobe...

Je danse, mais ça y est, j’ai le moral plombé. Au bout d'un moment, je décide que c’est pénible de faire semblant, je retourne à ma place et je débranche...

Un second piège se referme

Quelqu’un parle dans le micro. Les couples déguisés sont appelés sur la piste. C’est le défilé du concours. Un concours ? Quel concours? ... Mais quelle horreur !

Je me retrouve coincée entre deux martiens, les sorciers, deux superbes poulets transpirants, la bohémienne pieds nue, le mafieux, une chinoise qui n’a pas l’air si déguisée, une indienne avec son soldat, qui est aussi soldat dans la vraie vie  et même que c’est de la triche! Suivent deux gentilles vampes organisatrices très motivées, trois cheiks arabes et Clément en quatrième cheik arabe. On aurait dû se douter qu'avec pareil déguisement, il valait mieux sortir à Namur pour faire sensation.

On défile, puis on est chaudement invités à rester sur la piste; "dansez maintenant!" dit la voix dans le micro. C'est un ordre, une supplique, un encouragement, un conseil avisé. Bon, on se lance. Je remue mon crochet. Plus le costume est ridicule, plus la danse est ridicule. Les martiens s’en tirent haut la main. Toutefois, c’est Maria et Nicolas qui remportent le premier prix. Sans doute car c'est la première fois qu'une sorcière enceinte de six mois saute partout comme cela sur la piste et qu'un monsieur avec des cornes va piquer tout le monde de sa fourche. Applaudissement. On retourne à table et on boit notre Pepsi light.

Mes copains d'abord

Minuit. Je m’en vais. Les soirées mémorables sont à venir. C'est certain... Ou peut-être que je suis vieille... En attendant, il en manque quelques-un pour mettre le feu. Où sont-ils? Celui qui râle

parce qu’il ne voulait pas venir (ndlr:  il n'avait qu'à rester chez lui, d'abord!), l'autre qui ne mange plus que des légumes (ndlr: débile ce nouveau régime... Enfin, je vais quand même lire le bouquin, on ne sait jamais), les architectes dans leurs costumes extravagants? J'ai un peu le cafard. Je m'interroge...

Allez, on se remet la Macarena encore une fois! Sardou attendra pour nous mener au terminus… Demain, on racontera à celui qui a dormi toute la soirée, et peut-être qu'il y en a un qui devra aller s'excuser chez ses voisins - et faudra bien lui dire que c’est même pas vrai qu’on est des « saoulographes » !

On m’a rapporté qu’un compère, familier de l’expatriation et de la poésie, a prononcé cette phrase magnifique :

« le plus dur, c’est les trois premiers six mois ».

Peut-être que j’en suis là… Au plus dur des trois premiers six mois.

En parlant d’autre chose, certains m’ont demandé une photo de notre maison. Voilà donc. Je vous enverrai, un de ces jours, des photos d'autres maisons et palais, parfois très hollywoodiens. Histoire que vous puissiez comparer et mieux apprécier notre 'home sweet home'

mardi 8 Février 2005

Au Pays...

Des Mediums

Voilà une semaine qu’ils en parlent, que la rumeur court, galope, sautille de bouche à oreille. Voilà une semaine qu’on nous conseille de préparer les abris, de faire nos provisions, pour plusieurs jours car on ne sait jamais combien de temps cela peut durer. Voilà une semaine qu’on connaît le jour J : ce sera mardi !

Que je me suis moquée de leur prédiction, mais aujourd’hui, je vais à confesse : même Sophie Davant n’est pas capable d’une telle précision dans ses prévisions.

Car force est de constater qu’il NEIGE sur Amman ! Un fin duvet ouateux recouvre la ville. C’est l’état de siège, les Jordaniens sont pris de panique. La crèche de Virgile est fermée. La gérante nous annonce que les routes vont être barrées, qu’il est trop tard pour aller remplir les placards… Surtout, ne sortez pas ! Ca glisse !

Moi, je vois juste que ça fond, mais bon, sait-on jamais…

D'IBM System

Comme vous l’avez sans doute constaté à la lecture des mes précédents flashs, nous sommes dans le pays de l’à peu près, du peut-être et du « reportons à plus tard ce que nous pourrions faire maintenant ».  Et comme vous le savez, tout est entre les mains de Dieu. Cela a forcé quelque expatrié à modéliser le processus comportemental jordanien, qu’il a appelé IBM System :

Inch’Allah (Si Dieu le veut) - Boukrah (demain) - Malleish (désolé)

Au chaud dans son bain, j’en connais au moins un qui s’en fiche…

Et des cybernautes

AMMAN, 6 fev (AFP) - Une romance naissante sur le Net entre un Jordanien et une Jordanienne s'est transformée en querelle publique après que les deux protagonistes eurent découvert, lors d'une première rencontre, qu'ils étaient en fait mari et femme, a rapporté dimanche l'agence Pétra.

Bakr Melhem et son épouse étaient séparés depuis plusieurs mois en raison d'incompatiblité d'humeurs, mais l'ennui et la chance les avaient à nouveau réunis grâce à un "chat" sur le net.

Bakr, qui avait pour pseudo Adnan, est tombé éperdumment amoureux de Sanaan, qui se faisait appelée Jamila, se décrivait comme célibataire, cultivée, musulmane pieuse et aimant la lecture. Leur cyber-amour grandissant, il envisagent le mariage et décident de se rencontrer près d'un dépôt de bus à Zarqa, au nord-est d'Amman.

Arrivé le jour J, c'est le choc. Les deux époux ne peuvent supporter de se retrouver face à leur identité réelle. Bakr, découvrant Sanaa, lui hurle alors: "tu es divorcée, divorcée, divorcée", formule traditionnelle dans la religion musulmane pour divorcer de sa femme.

mardi 1 Février 2005

Liban, premières impressions

Voici l'incursion libanaise dans mon journal jordanien.

D’abord, au Liban, il y a Beyrouth, une ville qui ressemble à tout sauf au pays dont elle est la capitale. A Beyrouth, on est un peu en France. Mais si ça y ressemble, ça ne l'est pas. La publicité est le détail qui ne trompe pas : il y a des affiches géantes vantant les merveilles du tabac. Le long des boulevards, le cow boy Marlboro maîtrise son cheval cabré, une eurasienne aux lèvres bleues dit « liberté toujours! » pour les Gauloises.

Mais surtout, à Beyrouth, il y a du Roquefort, des petits pots pour bébé, des mi-bas et un Virgin Mega Store... On en profite donc pour dévorer les sorties littéraires, pour faire le plein de quotidiens et pour s'informer sur l'économie, la politique...

Et puis, en regardant de plus près, au-delà de la ville moderne et restaurée, on repère les traces de la guerre qui s’est déroulée ici jusqu'en 1990. Quelques buildings "Gruyère" s'élèvent encore ça et là.

Mais encore, au Liban, il y a le Hezbollah, un mouvement syrien qui affiche sur son drapeau une  kalachnikov. Dès qu’on se dirige vers le Sud, on rencontre des barrages tenus par leurs hommes. Pourquoi les Syriens disputent ce morceau de territoire, alors qu’il n’y a même pas de pétrol ? C'est qu'ils ont en tête que cette partie du pays est à eux depuis toujours. Mais en parlant de terre promise, c’est surtout la position stratégique du Sud Liban face à Israël qui intéresse nos amis Syriens. Pour couronner le tout, ils sont persuadés d'être à l'origine de la paix. Et en parlant d’Israël, il y a aussi au Sud Liban des Palestiniens. Ils attendent de renter chez eux et vivent dans des tentes de fortune, au milieu de champs de cailloux. Il n’y a ni eau, ni électricité et lors de notre passage, la pluie venait de transformer en boue ce qui n’était pas de la pierre. Certes, il y a sans nul doute des hommes armés du Hamas cachés parmi eux ; certes, ils viennent de renforcer leur association avec les hommes du Hezbollah, mais toujours est-il que ce que j’ai vu, ce sont des enfants pauvrement vêtus devant des cabanes en plastic. La jeunesse libanaise continue toutefois de s’amuser : sous la pluie, c'est la fête foraine à Saïda. Les manèges ont sans doute fait tourner nos grands-parents... Et se vendraient une fortune auprès des collectionneurs de vintage.

Cinq jours plus tard, nous voici en chemin pour la maison. Vous l'avez compris, il faut retraverser la Syrie. On s’arme de vivres et de patience. Les éléments sont contre nous. Il neige dans les montagnes, il pleut en plaine. Mais on traverse. À chaque douane, Clément galope d’un bureau à l’autre ; ses enjambées sont plus assurées car il connaît le parcours. Pendant ce temps, nous attendons Virgile et moi au chaud dans la voiture garée sur une route à quatre bandes. Je dessine des Martiens pour lui, dans la buée des vitres…

Quand soudain, une Mercedes Kompressor nous fonce dessus en marche arrière. Je klaxonne, mais rien n’y fait, l’Allemande assaille la Française. « Mazette, on va devoir faire un constat en arabe » me dis-je alors. Constat d’accident… Voilà une notion très occidentale… Mais la Kompressor semble reprendre sa route, en marche avant cette fois. Je sors donc de la 307 et stoppe l'étourdi chauffeur. L’homme daigne à peine descendre de sa voiture. Il me suit néanmoins, bon gré mal gré. Et là, à mon grand ébahissement, la 307 n’a qu’une gratte sur la gente. Ce qu’elle est forte notre 307…

Le Syrien hausse le ton (le tout en anglais, mais je vous fais la traduction presque simultanée) :

-         « Mais elle n’a rien ta voiture ! »

-         « Oui, tant mieux, mais vous pouviez tout de même vous arrêter pour voir si elle n’avait en effet rien ».

-         « Mais elle n’a rien ta voiture ! » (je suppose qu’il me tutoie)

-         « Ok mais c’est stupide comme accident… » (je dis ça car il y a au moins 25 m de large pour faire une marche arrière)

-         « Quoi, je suis stupide ?! Je suis STUPIDE?» rétorque t’il alors, les yeux meurtriers et la bave aux lèvres...

-         «  Non, non, l’accident est stupide… »

-         « Quoi, je suis stupide, tu as dit que JE suis stupide ?! Tu es une femme et tu me dois le RESPECT» hurle t'il à s'en fendre le gosier. Nous sommes sous un passage couvert, sa voix raisonne et envahit l'espace.  La colère me gagne, je vois à peine les gens qui cessent de marcher pour mieux nous dévisager. L'Isabelle Alonzo qui sommeille en moi se révèlev

« Non, je suis une femme et VOUS me devez le respect ! »

-         « J’ai l’âge d’être ton père ! »

-         « C'est pas une raison pour être impoli ! »

-         « Tais-toi! Tu me dois le RESPECT ».

… Et c’est à ce moment précis qu’il lève un poing menaçant sur ma personne. Aïe, ça se corse. Ma fougue féministe s’éteint. Pfiout. Sauvée par l'armée! Deux militaires fondent sur lui et le repousse.

Rétrospectivement, je me dis que cet homme a sans doute perdu la face: rares sont les femmes de son Etat à lui avoir parlé aussi franchement... Alors que j’ai juste eu l’impression de ne pas me laisser faire. Résultat des courses:

1. Je suis fâchée avec les Syriens mâles (et les douaniers en particulier)

2. Clément, appelé par un militaire qui lui explique que sa femme se fait battre, perd sa place dans la queue (enfin, devant le guichet

3. Une épouse syrienne est battue un soir de fin d'Eid El Kebir par un mari choqué après une altercation avec une Occidentale pas soumise.

A bientôt... Sur Amman! Pour vous mettre l'eau à la bouche, ce cliché de Virgile qui pose religieusement dans un des deux théâtres de Jerash.

lundi 31 Janvier 2005

En route pour Beyrouth

Me revoilà connectée. Et comme il est grand temps de le faire, ce paragraphe sera entièrement consacré aux bons voeux: on vous souhaite donc santé, passion, calme et plénitude pour ceux qui sont fâchés avec la passion, amour, amitié, réussite dans les affaires, retour de l’être aimé en deux semaines, résolution de tous vos problèmes, même virus informatiques, obtention du permis de conduire du premier coup… Payement après résultats. Cartes de crédit acceptées.

Je vais tenter de vous faire un résumé de ce qui se passe dans le coin d'Amman, tout en économisant les mots... Non que notre vie soit totalement trépidante du matin au soir – mais je sais que je suis loquace, même armée d’un malheureux clavier qwerty, vu que le nôtre a mal supporté l’air marin durant la traversée Anvers-Aqaba et que… Vous voyez, je m’emballe encore… Et puis, il s’est passé pas mal de temps depuis nos derniers échanges épistolaires.

Le week-end dernier, les musulmans de par le monde fêtaient l’Eid El Kebir. La date a changé au dernier moment parce qu’un Mollah d’Arabie s’était trompé dans les calculs et que tous les musulmans doivent respecter les dates d’Arabie. C’est un peu comme si on vous annonçait un 23 décembre que Noël, ça serait plutôt le 26. Re-bref, on en a profité pour se rendre au Liban, où la sœur de Clément poursuit ses études.

Pour rejoindre Beyrouth, il faut traverser la Syrie. Au total, il y a 320 km et quatre postes frontières. A chacun d’eux, il y a une heure incompressible pour remplir les papiers. On pensait que tout cela était surfait… Et bien, des papiers, il y en avait. Des tas, des verts, des blancs, des roses. Des papiers qui, à la fin, sont tout souillés et chiffonnés. Et des guichets, il y en avait des tas, dans des tas de bâtiments différents...

Nous, on arrive là, sans savoir où il faut se rendre. Notre guichet, « Foreigners », est fermé. Celui pour les VIP et Diplomates l’est tout autant ; c’était notre second choix. Comme on ne peut pas avoir l’avis du public, ni le coup de téléphone à un ami, on parie sur le guichet « Jordanians ». On a une carte de résidents après tout. Il n’y a pas vraiment de queue. Tout le monde se bouscule. Les plus grands passent d’abord. Tout le monde parle fort et fume. Les enfants pleurent. Des vieilles bonnes femmes crachent les écorces de leurs pistaches. Les néons « ultra bright » nous donnent une mine superbe, genre « patients de la clinique du Docteur Dersheid ».  Quand enfin Clément arrive devant le préposé, il lui dit qu’il faut s’adresser au guichet « Arabs ».

Sur les papiers, il faut répondre à plein de questions sur nous et nos ancêtres. J’ai envie de mettre que mon père s’appelle Michel Sardou ou un truc du genre, mais bon, l’ambiance n’est pas à la déconne.

On traverse la Syrie, rien de particulier à signaler à l’exception de 42 chiens écrasés et de voitures très antiques. Puis arrive le poste syrio-libanais…. Un gros type adipeux, transpirant, avec une épaisse moustache et l’œil vide nous dit qu’il nous manque un papier pour la voiture. Il a la même tête que le sergent Garcia de Zorro mais à qui on aurait donné du pouvoir. Il a un énorme bourrelet posé sur son bureau. Il respire fort, il doit avoir un problème de végétations. Il ne s’adresse pas à nous directement, faudrait pas s’abaisser à ça, il y a un traducteur. Evidemment, il ne nous regarde pas. Stupéfaction disais-je…

-         « Comment ? Notre Pigeot 307 (sic) serait illégale ?! Non !? Mais voyez, on est en règle.

-         « Non, il manque le certificat de légalité syrien »

-         « Mais qu’est-ce qu’on fait alors ? »

-         « Demi-tour… Mister Sharon » (ndlr : quelle idée aussi de venir dans les pays musulmans quand on a un nom qui sonne comme ça)

-         « Pas Sharon, CHARRON … Mais, dites-moi Monsieur le douanier, demi-tour jusqu’où ? Jusqu’au premier poste frontière ? Ahaha ! »

-         « Mm »

-         « Sans blague. Bon, ben… Heu… Baaaah… Vous êtes sympa (ndlr : mensonge éhonté) … On a un bébé, il fait nuit, il neige, on doit encore passer la frontière libanaise »

-         « Traducteur, dis-leur que je peux faire saisir leur voiture si il continue à m’emmerder celui-là » (ndlr : comme déjà souligné par le passé, le ton employé dans certaines conversations ne laisse aucun doute sur la nature des propos).

Bon, maintenant, faut que je vous avoue que je suis restée planquée dans la Pigeot 307 (sic) à attendre Clément qui sortait d’un bâtiment, rentrait dans un autre, ressortait deux secondes plus tard pour s’engouffrer dans un troisième bureau. Et en conséquence, je n’ai pas vu le douanier. Mais avouez, franchement, que par la nature même de sa profession, il ne peut pas être sympa, ni beau d’ailleurs. Toutefois, je vous livre le portrait de Clément, juste après la confrontation : « il était gros et suintant. Il avait une tronche antipathique avec une moustache. A la fin, il s’est énervé et j’ai compris qu’il valait mieux s’écraser. On retourne jusqu’à la douane d’entrée».

Avouez que la fiction rejoint la réalité! Hein !

Score de la « traversée de la Syrie en roue de 307 libre »: 320 km = 500 km; douze heures trente (12h30… je rêve). Sortie de classement.

Je n'ai pas vraiment de photos de circonstance. Notez que je pourrais mettre quelque chose qui n'a rien à voir. Bah, vous serez gentils de vous contenter de la petite vue d'Amman, juste en dessous.

Je vous livre le Liban et le reste au plus vite...

vendredi 28 Janvier 2005

- Si on s'installait en Pologne? J'ai une piste...

- Pourquoi pas, Clément. Pourquoi pas. Ou le Canada? C'est beau le Canada, non? Dis, on va au Pain Quotidien manger une salade?

- OK, on appelle André et Valérie pour qu'ils nous rejoignent. Ca va être froid la Pologne... L'Asie, c'était cool quand même... Mais bon, la Pologne, il doit y avoir pas mal d'opportunités.

- C'est certain ça, c'est un pays en pleine expansion. Et puis, on ira ramasser des champignons. Au fait, j'ai envoyé un sms à André. Rendez-vous proposé à midi trente.

- Pourquoi "au fait"? Il a un soucis de champignons André

- Mais non, il adore les cuisiner... Bon, je cherche des cours de polonais, alors? Faut qu'on apprenne les rudiments de la langue...

- Ouais, inscris-nous pour la session de septembre... J'y pense, on a encore de la vodka dans le congel. On s'en boira  ce soir avec des blinies, ça nous mettra dans le bain.

Et c'est ainsi qu'en novembre 2004, je me suis retrouvée en Jordanie, à chercher mon chemin au volant d'un pick up cabossé et usé jusqu'aux écrous. Notez bien que pour ce qui est de l'alcool, ici, il ne suffit pas de connaître les endroits où ça pousse (mais on est pas complètement à sec)...

C'est ce jour là que tout a commencé ...

Posté par marjorie_camus à 20:40 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur En résumé

    Vous vous êtes trompés d'avion?

    Posté par Olivier, 30 mai 2006 à 05:50 | | Répondre
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